- Le Conseil de l’Union européenne a approuvé en session à huis clos un nouveau mandat de négociation pour la réglementation de prévention des abus sexuels sur enfants, relançant la très controversée politique du « Chat Control ».
- Le nouveau projet supprime le principe d’analyse obligatoire de tous les messages, mais introduit une structure de pression financière et réglementaire pour pousser les entreprises à pratiquer une surveillance dite « volontaire ».
- Le système inclut une vérification d’âge qui détruit l’anonymat et la possibilité de scanner les communications chiffrées, ce qui fait peser un risque de réduction de la liberté des communications privées.
- Les Pays-Bas, la Pologne et la République tchèque s’y sont opposés, l’Italie s’est abstenue, et plusieurs responsables politiques européens, experts techniques et organisations de défense de la vie privée l’ont fortement critiqué.
- Les critiques avertissent que cette mesure pourrait entraîner une privatisation de la surveillance et représenter une menace fondamentale pour la liberté numérique et l’anonymat en Europe.
Aperçu de l’approbation des pouvoirs de négociation du UE « Chat Control »
- Les gouvernements des États membres de l’UE ont approuvé, lors d’une réunion à huis clos du Conseil de l’UE le 26 novembre, le mandat de négociation de la proposition de règlement sur la prévention des abus sexuels sur enfants (Child Sexual Abuse Regulation).
- Cette initiative est défendue au nom de la protection des enfants, mais des inquiétudes sont soulevées sur un surveillance des vies privées et une atteinte à la liberté de communication.
- La nouvelle version a supprimé la obligation de scan obligatoire de tous les messages personnels de l’avant-projet précédent, mais a introduit un mécanisme d’incitation et de sanction pour encourager la surveillance « volontaire » par les entreprises.
- Les entreprises qui mettent en œuvre cette surveillance seraient récompensées, celles qui la refusent subiraient des désavantages.
Principales critiques et préoccupations
- L’ancien député européen Patrick Breyer a averti que cet accord « ouvre la voie à une infrastructure de surveillance de masse ».
- Au lieu d’une coercition juridique, il souligne la pression exercée via des incitations financières et réglementaires pour que les entreprises technologiques américaines mènent des scans indiscriminés.
- Il souligne aussi qu’une procédure de vérification d’âge qui détruit l’anonymat imposera aux utilisateurs ordinaires une vérification d’identité.
- La députée tchèque Markéta Gregorová a qualifié cette position de « décevante » et prévenu qu’elle « peut conduire à un scan généralisé des messages ».
Réactions des États membres
- Le Parlement néerlandais a exigé que son gouvernement vote contre, en avertissant que la combinaison de la vérification d’âge obligatoire et de l’obligation de surveillance volontaire peut léser les entreprises.
- La Pologne et la République tchèque se sont aussi opposées, l’Italie s’est abstenue.
- L’ancien député néerlandais Rob Roos a critiqué Bruxelles en disant qu’elle « fonctionne à huis clos » et que l’Europe « glisse vers un autoritarisme numérique ».
- Des personnalités indépendantes comme Daniel Vávra, David Heinemeier Hansson et Mullvad ont également qualifié cette mesure de menace directe contre les communications privées en ligne.
Les trois risques clés du dispositif de « surveillance volontaire »
- Premièrement, la « surveillance volontaire » se transforme en pratique en procédure de surveillance standardisée.
- En prolongeant une réglementation provisoire existante, le prestataire de services pourrait scanner les messages et images des utilisateurs sans mandat.
- Le Bundeskriminalamt allemand a évalué qu’environ la moitié de ce système produit de faux positifs, et Breyer estime que chaque année des dizaines de milliers de conversations privées légitimes sont fuitées.
- Deuxièmement, la disparition de la communication anonyme.
- Pour répondre aux exigences d’identification des mineurs, une vérification d’âge généralisée serait nécessaire, ce qui pourrait mener à une vérification d’identité via carte d’identité ou scan facial.
- Les utilisateurs ayant besoin d’anonymat, comme les journalistes et les militants, verraient toute expression privée devenir pratiquement impossible.
- Les experts techniques avertissent que l’estimation d’âge ne peut pas être faite comme mesure de protection de la vie privée et que le risque de discrimination est élevé.
- Troisièmement, le risque d’isolement numérique des adolescents.
- Les utilisateurs de moins de 17 ans pourraient se voir interdire l’accès aux plateformes avec fonction de messagerie s’ils ne valident pas leur identité.
- Breyer qualifie cela de « mesure pédagogiquement inutile » et critique le fait que cela entrave la construction de bonnes habitudes en ligne chez les adolescents.
Perspectives et prochaine étape
- Le désaccord entre États membres persiste : Pays-Bas, Pologne et République tchèque s’opposent, l’Italie s’est abstenue.
- Des négociations entre le Parlement européen et le Conseil devraient commencer prochainement, avec l’objectif d’atteindre un texte final avant avril 2026.
- Breyer a affirmé que cet accord représente une « privatisation de la surveillance, pas un recul de celle-ci » et a mis en garde contre « un futur où une carte d’identité sera nécessaire pour envoyer un message et où l’IA classera les photos privées ».
- Il parle d’un « avant-coureur d’une catastrophe, et non d’une victoire pour la vie privée ».
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