5 points par GN⁺ 23 일 전 | Aucun commentaire pour le moment. | Partager sur WhatsApp
  • La Suisse fournit jusqu’aux foyers un internet fibre dédié symétrique à 25 Gbps, tout en maintenant une structure de concurrence ouverte fondée sur des infrastructures publiques
  • Les États-Unis souffrent de monopoles régionaux et de réseaux partagés, ce qui entraîne des vitesses et une qualité plus faibles, avec presque aucun choix pour les consommateurs
  • La Suisse s’appuie sur une infrastructure neutre construite par des acteurs publics ou semi-publics, utilisée à égalité par tous les opérateurs, et stimule la concurrence grâce à une architecture P2P à 4 fibres
  • Les modèles de « marché libre » des États-Unis et de l’Allemagne ont conduit à des investissements redondants ou à des monopoles, tandis que la Suisse a mis en place une concurrence efficace grâce à la combinaison de régulation et d’investissement public
  • La véritable concurrence de marché consiste à ouvrir l’infrastructure comme un actif partagé et à se différencier ensuite par la qualité de service et l’innovation

Le paradoxe : pourquoi la Suisse a l’internet à 25 Gbps et pas les États-Unis

  • La Suisse fournit aux foyers une fibre dédiée symétrique à 25 Gbps, avec plusieurs opérateurs en concurrence à des prix abordables
    • Le réseau n’est pas partagé avec les voisins et permet techniquement de dépasser les 100 Gbps
  • Aux États-Unis, dans la plupart des régions, seules des connexions partagées de 1 Gbps ou moins sont proposées, avec un ou deux opérateurs au choix tout au plus
  • L’Allemagne présente une structure similaire, avec des services fibre limités dominés par un seul opérateur
  • La Suisse combine régulation forte et investissement public dans l’infrastructure, mais d’une manière différente de la surrégulation allemande
  • Les États-Unis, qui mettent en avant la logique du marché libre, ont produit monopole et stagnation, tandis que la Suisse, plus régulée, a réalisé concurrence et innovation

Le concept de monopole naturel

  • Un monopole naturel désigne une structure industrielle où le coût de construction de l’infrastructure est très élevé, tandis que le coût marginal par client supplémentaire est faible
    • Comme pour les conduites d’eau, il est inefficace que plusieurs entreprises installent des réseaux en doublon
  • L’approche rationnelle consiste à construire une infrastructure partagée une seule fois, puis à faire jouer la concurrence sur les services
  • La Suisse a adopté ce modèle, contrairement aux États-Unis et à l’Allemagne

Le modèle allemand

  • L’Allemagne, au nom du « marché libre », a permis à plusieurs opérateurs de creuser chacun les routes pour poser leur propre fibre
    • Cela a provoqué des investissements redondants (overbuild), avec plusieurs tranchées sur les mêmes segments
    • Des milliards d’euros ont été gaspillés dans des travaux de génie civil inutiles, au lieu d’être investis dans les équipements ou la connexion des zones rurales
  • Il existe une régulation, mais elle est conçue autour de la concurrence entre infrastructures, avec de faibles obligations de partage des fourreaux
  • Deutsche Telekom utilise la régulation pour compliquer l’accès des concurrents, en imposant des frais élevés et des retards procéduraux qui restreignent de fait l’accès
  • Le partage des fourreaux vaut mieux que les excavations en doublon, mais reste un usage inefficace des ressources

Le modèle américain

  • Les États-Unis ont formé, non pas un système d’investissements redondants, mais une structure de monopoles régionaux
    • Comcast, Spectrum et AT&T, entre autres, se partagent les territoires et fournissent un service de fait monopolistique, laissant très peu de choix aux consommateurs
  • Il ne s’agit pas de concurrence, mais d’une structure de cartel, où la compétition sur la qualité et les prix disparaît
  • La plupart des réseaux reposent sur une architecture P2MP (partagée), si bien que même le « gigabit » signifie en réalité un partage de bande passante avec les voisins
    • Aux heures de pointe, le débit peut tomber sous les 200 Mbps
  • Même lorsqu’un concurrent veut entrer sur le marché, le hub central (Point of Presence) est détenu par des acteurs privés et reste inaccessible
    • Un nouvel opérateur doit donc recreuser les routes et construire son propre réseau

Le modèle suisse

  • La Suisse traite l’infrastructure physique comme un bien public neutre
    • Elle est construite une seule fois par des acteurs publics ou semi-publics, puis tous les opérateurs y accèdent à égalité
  • Chaque foyer reçoit 4 fibres dédiées (Point-to-Point), non partagées
  • Ces fibres sont reliées à un hub ouvert neutre, auquel peuvent se connecter Init7, Swisscom, Salt ou tout autre opérateur
  • L’utilisateur peut changer d’opérateur en fournissant simplement son numéro de prise optique (OTO), sans visite de technicien ni travaux supplémentaires
  • Grâce à l’architecture à 4 fibres, il est même possible d’utiliser plusieurs opérateurs simultanément ; la concurrence porte donc surtout sur les prix, la vitesse et la qualité de service

Comparaison des résultats

  • Suisse : réseau dédié symétrique à 25 Gbps, nombreux opérateurs, prix concurrentiels, excellent service client
  • États-Unis : monopole d’opérateur unique, débits faibles, tarifs élevés, retard technologique
  • À la place de l’innovation promise par le marché libre, il ne reste que la recherche de rente (rent-seeking)
  • Les tarifs du haut débit aux États-Unis ont augmenté pendant des décennies plus vite que l’inflation, et les améliorations de débit ne surviennent que lorsqu’une concurrence apparaît
  • Sans concurrence, pas d’innovation, seulement l’extraction de profits

Régulation et supervision

  • Le modèle ouvert suisse a été rendu possible par l’intervention des autorités de régulation
    • Lors d’une table ronde de la Commission fédérale de la communication en 2008, Swisscom a elle-même proposé le standard P2P à 4 fibres
  • En 2020, Swisscom a tenté de basculer vers une architecture P2MP (partagée) afin de réduire les coûts
    • L’accès des concurrents aurait alors été bloqué, les autres opérateurs risquant d’être relégués au rang de revendeurs de couche supérieure (reseller)
  • Init7 a saisi l’autorité de la concurrence (COMCO), qui a ordonné en 2020 l’arrêt de l’extension du P2MP
  • Swisscom a intenté une action en justice, mais en 2021 le Tribunal administratif fédéral a confirmé la décision de la COMCO
    • Swisscom n’a pas réussi à démontrer ses arguments techniques et économiques
  • En 2024, la COMCO a infligé une amende de 18 millions de francs pour violation du droit de la concurrence
  • Swisscom est finalement revenu à l’architecture P2P à 4 fibres, préservant le droit d’accès physique des concurrents
  • Swisscom est une entreprise semi-publique dont l’État détient 51 %, ce qui crée une tension entre mission publique et rentabilité

La réponse fondamentale

  • Le « marché libre » à l’américaine ou à l’allemande laisse sans régulation des infrastructures de monopole naturel, ce qui aboutit au gaspillage ou au monopole
  • Le vrai capitalisme doit favoriser la concurrence là où elle est possible
  • La Suisse construit l’infrastructure comme un actif partagé, puis organise la concurrence sur les services
  • Ce n’est pas de l’anticapitalisme, mais une meilleure forme de capitalisme, qui concentre la concurrence là où la valeur est créée
  • Le marché libre ne signifie pas l’autonomie des plus puissants, mais la création de conditions permettant une concurrence réelle

Ce que les autres pays devraient apprendre

  1. Rendre obligatoire l’ouverture de l’infrastructure physique – obliger les opérateurs historiques à partager fourreaux et fibre noire (dark fiber) sur une base de coûts
  2. Imposer une architecture Point-to-Point – fournir à chaque foyer une fibre dédiée afin que les concurrents puissent se connecter directement à la couche physique
  3. Établir un standard national neutre – légaliser, comme en Suisse, un standard de câblage multifibre
  4. Renforcer les pouvoirs de l’autorité de la concurrence – il faut une institution dotée d’un véritable pouvoir de sanction, à l’image de la COMCO
  5. Autoriser les collectivités locales à construire des réseaux fibre – permettre la mise en place de réseaux publics là où les opérateurs privés ont échoué
  • Si l’on veut un internet rapide et des tarifs abordables, il faut une volonté politique et une réforme de la régulation
  • La technologie et les capitaux existent déjà ; il manque seulement la volonté d’exiger une véritable concurrence

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