La prescience de Stanisław Lem : un regard sur la vie artificielle
- Le roman de Stanisław Lem, "The Invincible", raconte l’histoire d’un vaisseau spatial envoyé vers une planète énigmatique afin de découvrir le sort de son vaisseau jumeau, avec lequel tout contact a été perdu.
- Rohan, le navigateur du vaisseau, et son équipe découvrent une forme de vie issue de machines autonomes capables de s’auto-répliquer, et se retrouvent confrontés à un dilemme classique : comment agir lorsque l’humanité atteint les limites du savoir connu.
Anticipation scientifique de la vie artificielle
- Dans "The Invincible", Lem anticipe la vie artificielle, une idée évoquée dès les années 1940, mais dont l’appellation comme champ scientifique n’a été donnée qu’en 1986 par Christopher Langton.
- L’un des débats majeurs autour de la vie artificielle porte sur la question de savoir si les programmes et dispositifs évolutifs sont réellement vivants (version forte), ou s’ils ne font qu’imiter la vie (version faible).
- Des chercheurs, dont Robert Rosen, ont spéculé sur les propriétés essentielles de la vie elle-même, non seulement pour les formes de vie terrestres fondées sur le carbone, mais aussi pour la possibilité de vie dans des systèmes planétaires extraterrestres.
La victoire évolutive des êtres artificiels
- En imaginant pourquoi les formes de vie artificielle remporteraient la compétition évolutive sur une planète, Lem propose qu’elles aient évolué de façon à satisfaire leurs besoins énergétiques grâce à l’énergie solaire.
- Plus les êtres artificiels sont petits, plus leurs besoins énergétiques sont faibles ; ainsi, la pression évolutive les pousse vers des formes de plus en plus réduites, qui triomphent non par une intelligence supérieure, mais par l’intelligence d’essaim.
- En ajoutant à l’essaim de "mouches" artificielles la capacité de générer de puissants champs électromagnétiques, ces petites formes de vie artificielle deviennent non seulement les gagnantes de l’évolution sur la planète, mais aussi une force redoutable face aux humains envahisseurs.
Éclairages contemporains de la recherche sur la vie artificielle
- Les recherches contemporaines sur la vie artificielle confirment l’intuition de Lem selon laquelle un essaim d’entités artificielles n’a besoin que de quelques règles simples pour manifester des comportements complexes.
- Les simulations informatiques décrivent avec précision les comportements de banc, de vol ou d’essaim chez les poissons, les oiseaux et les abeilles, en faisant réagir chaque individu uniquement à quelques voisins à l’aide d’un ensemble de règles tenant en quelques lignes de code.
Contraste entre l’humain et les formes de vie artificielle
- Le contraste entre les humains et l’essaim de "mouches" artificielles met en lumière le caractère précieux de la vie humaine, la solidarité fondée sur la conviction que les membres d’équipage seront secourus s’ils sont en danger, ainsi que l’hypothèse selon laquelle chaque être humain possède une valeur unique.
- À l’inverse, les membres individuels de l’essaim de "mouches" sont presque tous identiques, facilement remplaçables et jetables ; ils n’ont donc pas de valeur propre, seule la survie évolutive de l’essaim a de l’importance.
L’avis de GN⁺
- "The Invincible" fait partie des meilleurs romans de science-fiction capables de nous offrir des leçons sur la condition humaine actuelle et sur l’avenir.
- L’œuvre suggère que nous pourrions être comme des enfants au sein de la civilisation cosmique, en montrant à quel point nos présupposés anthropocentriques peuvent paraître provinciaux face à une rencontre avec des formes de vie extraterrestres.
- Lorsque Rohan conclut que tout n’a pas été donné à l’humanité, on peut y entendre Lem lui-même remettre en cause le cadre éthique humain et les présupposés anthropocentriques qui dominent l’exploitation humaine de la Terre.
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