Résumé de l’affaire du piratage des trains en Pologne
- Dans le sud-ouest de la Pologne, des trains d’une compagnie ferroviaire régionale ont été rendus inopérants par leur fabricant après des réparations effectuées par un atelier de maintenance indépendant.
- Le fabricant a menacé de poursuivre en justice les hackers éthiques qui ont « piraté » les trains.
- L’affaire suscite une controverse dans les secteurs polonais des infrastructures et de la maintenance, tandis que le fabricant invoque des problèmes de sécurité des trains sans pouvoir les démontrer.
Mécanisme d’appairage des pièces
- Le constructeur ferroviaire polonais NEWAG avait intégré un code empêchant les trains de fonctionner si un traceur GPS détectait qu’ils étaient restés pendant une certaine période chez un réparateur indépendant, ou si certaines pièces avaient été remplacées sans numéro de série approuvé par le fabricant.
- Ce mécanisme d’« appairage des pièces » est utilisé pour empêcher les agriculteurs de réparer les tracteurs John Deere sans l’accord de l’entreprise, ainsi que pour bloquer les réparations indépendantes des iPhone par Apple.
Réparation des trains par les hackers
- L’opérateur ferroviaire polonais Lower Silesian Railway assurait la maintenance régulière de ses trains via l’atelier indépendant SPS, avant de se retrouver confronté à un problème les empêchant de fonctionner.
- SPS a demandé l’aide d’un groupe de hackers éthiques appelé Dragon Sector.
- Dragon Sector a découvert un système de « détection d’atelier » intégré au logiciel des trains, puis trouvé un « code de déverrouillage » pouvant être saisi depuis le pupitre du conducteur pour résoudre le problème.
Réaction du fabricant
- NEWAG affirme ne pas avoir introduit dans le logiciel des trains de solution provoquant délibérément des dysfonctionnements, tout en menaçant de poursuivre les hackers.
- NEWAG a condamné les actes des hackers, invoquant une menace pour la sécurité du transport ferroviaire et une violation de dispositions légales.
Droit d’auteur européen
- En Europe, l’article 6 de la directive de 2001 sur le droit d’auteur dans la société de l’information est plus strict que la section 1201 du DMCA américain en matière de contournement des DRM, et ne prévoit pas explicitement d’exception pour la réparation.
- Cela pourrait créer un risque juridique supplémentaire pour des chercheurs comme Dragon Sector.
L’avis de GN⁺
- Cette affaire illustre un problème mondial où des fabricants imposent des réparations sous monopole et entravent les réparations indépendantes.
- Le fait que des hackers éthiques aient permis la réparation en franchissant des barrières techniques constitue une victoire importante pour les droits des consommateurs et pour le secteur de la réparation indépendante.
- Cette affaire pourrait devenir un précédent important dans les débats juridiques et politiques sur le droit à la réparation, en relançant la discussion sur les limites des mesures de protection technique et sur la propriété.
1 commentaires
Commentaires sur Hacker News
Pendant le pic de la pandémie, un article expliquait qu’un dongle développé par des hackers polonais avait été nécessaire à des réparateurs américains pour contourner le DRM et utiliser des ventilateurs afin de sauver des patients atteints du COVID-19.
Je ne pense pas que Newag ait la moindre chance contre les hackers. Ils n’ont pas piraté un réseau ou un système IT tiers, ils ont piraté des trains appartenant à la compagnie ferroviaire.
Liens connexes :
Gynvael Coldwind (membre de Dragon Sector, mais pas de l’équipe qui a piraté ces trains) a écrit un article expliquant en quoi l’argumentaire de défense de l’entreprise est défaillant.
Je suis satisfait de voir que le DRM fonctionne dans les deux sens. Le fabricant est libre de verrouiller son produit, mais cela doit être public, et le propriétaire doit être libre de modifier ce qui lui appartient. Ils possèdent les trains.
La leçon à tirer de cette histoire est que le fait que les fabricants trompent les utilisateurs pour gagner plus d’argent n’est pas un "problème trop petit pour qu’on puisse le combattre", mais une cupidité sans limite.
Lien direct vers l’article de Dragon Sector, qui inclut une réponse au communiqué de Newag :
Je n’aime pas que l’article utilise le DRM comme explication. Cela n’a rien à voir avec le DRM ni avec la protection contre la falsification logicielle.
Cela va clairement attirer encore plus l’attention sur les accusations visant NEWAG, et se retourner contre elle.