- OpenAI a récemment annoncé un partenariat avec les Émirats arabes unis pour construire un grand centre de données IA
- Ce partenariat est présenté comme « ancré dans des valeurs démocratiques », mais les Émirats arabes unis sont un État notoirement non démocratique
- Freedom House et d’autres organisations soulignent la répression des libertés civiles et des droits politiques aux Émirats arabes unis
- OpenAI met en avant, pour cette coopération, la diffusion d’une IA démocratique, mais sa contribution réelle à la démocratie reste incertaine
- Des inquiétudes existent quant au risque que le transfert de ressources de supercalcul renforce la puissance d’un État autoritaire
Aperçu du partenariat entre OpenAI et les Émirats arabes unis autour d’un superordinateur IA
- En mai 2024, OpenAI a officiellement présenté le programme OpenAI for Countries ainsi que le projet Stargate, un vaste centre de données IA basé aux États-Unis
- OpenAI a indiqué que les gouvernements considèrent de plus en plus la concentration de capacités de calcul IA comme un élément clé de la compétitivité nationale, et a affiché son objectif de « fournir une IA démocratique aux pays du monde entier »
- Après cette annonce, OpenAI a dévoilé un partenariat avec les Émirats arabes unis pour construire un centre de données IA de dernière génération. L’entreprise a précisé que ce partenariat « repose sur des valeurs démocratiques »
L’état de la démocratie aux Émirats arabes unis
- Selon l’évaluation 2024 de Freedom House, les Émirats arabes unis obtiennent 18 points sur 100, un score inférieur à celui d’Haïti, du Zimbabwe ou de l’Irak
- Les Émirats arabes unis sont une monarchie héréditaire caractérisée par une concentration du pouvoir politique, l’interdiction des partis, un droit de vote limité et un conseil consultatif sans véritable pouvoir législatif
- Les candidats et militants qui critiquent le gouvernement, défendent les droits humains ou réclament des réformes politiques sont détenus, et leurs familles peuvent également faire l’objet de surveillance et de sanctions
- Les médias pratiquent l’autocensure ou subissent une censure directe du gouvernement, et les manuels scolaires comme les programmes éducatifs sont eux aussi censurés
- Les travailleurs migrants, qui représentent 90 % de la population, n’ont pas de droits politiques, et les problèmes d’exploitation du travail y sont graves. Des ONG internationales de défense des droits humains dénoncent aussi la persistance de formes d’esclavage moderne
Critique de la logique de l’« IA démocratique » d’OpenAI
- OpenAI et Chris Lehane, responsable des politiques publiques mondiales, affirment qu’étendre la technologie IA américaine revient à diffuser des valeurs démocratiques
- Leur argumentation principale est la suivante
- L’IA américaine incarne des valeurs démocratiques, donc sa diffusion à l’étranger favoriserait la progression de la démocratie
- Dans la compétition entre les États-Unis et la Chine sur l’IA, une victoire américaine serait directement liée à la défense de la démocratie
- En pratique, le simple fait d’élargir l’accès à ChatGPT aux Émirats arabes unis ne garantit ni une véritable liberté d’expression, ni un progrès démocratique immédiat
- Il n’est même pas certain de savoir si les services seront adaptés aux critères de censure locaux. La réponse de la COO d’OpenAI, indiquant qu’ils allaient « en discuter avec le gouvernement », tend d’ailleurs à le confirmer
Effets d’un soutien en technologies de supercalcul à un gouvernement autoritaire
- Une infrastructure de supercalcul IA de grande ampleur s’impose comme un levier majeur de la puissance étatique
- Ce partenariat pourrait permettre aux Émirats arabes unis d’obtenir un accès important, voire une forme de contrôle ou de propriété, sur des puces IA de pointe
- Comme l’a indiqué Lehane, cet accord constitue un moteur essentiel pour faire entrer les Émirats arabes unis dans le cercle des grandes puissances de l’IA
- La diplomatie américaine, guidée par des considérations pragmatiques, peut y trouver un intérêt, mais les implications négatives en matière de renforcement d’un régime autoritaire sont également importantes
Conclusion et points de vigilance
- Cela ne signifie pas qu’une coopération dans les semi-conducteurs et l’IA soit en soi nécessairement négative
- La plupart des détails du contrat entre OpenAI et les Émirats arabes unis restent non publics ou encore non arrêtés
- Il reste toutefois clair que cet accord ne pourra être conclu qu’à des conditions acceptables pour la famille royale des Émirats arabes unis → son pouvoir de promotion de la démocratie sera donc limité
- L’objectif affiché par OpenAI de mettre la technologie IA au service de l’intérêt de toute l’humanité, et la question bien réelle de la gouvernance et de la répartition du contrôle, sont deux sujets entièrement distincts
- Ce cas peut être interprété comme un signal montrant qu’OpenAI pourrait ne pas prendre suffisamment au sérieux la tension entre son discours de principe et les risques très concrets (concentration du pouvoir, recul démocratique)
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