1 points par GN⁺ 2025-10-04 | 1 commentaires | Partager sur WhatsApp
  • La complexité de l’orthographe anglaise vient du fait qu’elle note des sons variés de multiples façons
  • Le « yogh » (ȝ) du moyen anglais était une lettre singulière représentant deux sons très différents, et il fait partie des causes de la confusion de l’orthographe anglaise moderne
  • La conquête normande et l’adoption de l’alphabet latin, ainsi que l’évolution des traditions des scribes, ont profondément influencé le système orthographique
  • Avec l’arrivée de l’imprimerie et pour des raisons de rentabilité, le yogh a disparu en Angleterre, mais s’est maintenu un temps en Écosse
  • On retrouve des traces du yogh dans des éléments comme l’écriture en z de patronymes écossais

La complexité de l’orthographe anglaise et l’apparition du yogh

  • L’orthographe anglaise est complexe en raison des lettres muettes, des multiples graphies pour un même son et des plusieurs valeurs sonores d’une même lettre
  • En vieil anglais, on utilisait, en plus du « g » carolingien, le « g » insulaire (ᵹ)
  • Contrairement au « g » moderne, s’écrivait sous une forme mêlant z et 3
  • Après la conquête normande, l’usage du « g » carolingien fondé sur l’alphabet latin s’est étendu depuis le latin
  • La tradition d’écriture anglaise s’est ensuite interrompue, ce qui a rendu nécessaire un nouveau système graphique à la place de l’ancien

Formation et usages du yogh (ȝ)

  • Le yogh (ȝ) est une variante du « g » insulaire (ᵹ), et il est considéré comme une lettre totalement distincte du « g » carolingien
  • En moyen anglais, le yogh notait à la fois le son y (comme dans young, yesterday) et un son gh absent de l’anglais moderne
    • Ce son gh ressemble au son guttural de l’allemand moderne ou du scots
    • Les mots où subsiste aujourd’hui « gh », comme laugh, night ou daughter, s’écrivaient à l’origine avec ȝ
  • Autrement dit, une même lettre représentait deux prononciations totalement différentes, d’où une structure particulièrement déroutante

Le changement phonétique et l’origine de la confusion de l’orthographe anglaise

  • Même en anglais moderne, des lettres comme g ou c représentent encore deux sons, ce qui prolonge une logique comparable à celle du yogh
  • Cela vient d’un changement phonétique appelé palatalization (palatalisation)
    • En fin de mot ou après une voyelle antérieure, les sons g et k ont évolué vers des sons de type y ou j
  • À cause de cela, en vieil anglais, servait déjà à noter trois prononciations : le son y, le son g et le son gh
  • Les scribes normands ont réintroduit le yogh (ȝ) afin de disposer d’un signe distinct pour noter le son y

Le déclin du yogh et l’impact de l’imprimerie

  • En moyen anglais, la confusion était grande, puisqu’une même graphie pouvait représenter plusieurs sons
  • Toutefois, le yogh pouvait être remplacé par diverses graphies comme y, gh, h ou ȝh
  • Après l’introduction de l’imprimerie, les imprimeurs anglais n’ont pas fabriqué de caractères pour la lettre propre qu’était le yogh, ce qui a entraîné sa disparition rapide
  • En Écosse, il a subsisté quelque temps dans des suites comme et , puis a été remplacé par z en raison de leur ressemblance visuelle

L’héritage du yogh dans les patronymes écossais

  • C’est ainsi que l’on trouve encore un z dans des patronymes écossais comme Menzies ou Mackenzie
    • À l’origine, leur prononciation se rapprochait de mingus et mackenyie
  • Historiquement, le yogh a évolué vers des sons et graphies variés comme y, gh ou z, laissant encore aujourd’hui des traces visibles
  • Retracer l’histoire du yogh permet d’éclairer un aspect de la confusion de l’orthographe anglaise

Conclusion

  • Le parcours du yogh symbolise diverses transformations historiques, entre tradition manuscrite carolingienne, influence normande et compromis écossais
  • La lettre yogh a disparu, mais elle conserve une valeur scientifique comme indice des désordres entre orthographe et prononciation
  • Le texte confie qu’au-delà d’un attachement particulier au yogh, il éprouve surtout de la compassion pour d’autres lettres disparues de l’alphabet
  • Aujourd’hui encore, certains caractères typographiques incluent le yogh (ȝ), qu’il est donc possible d’utiliser directement si on le souhaite

1 commentaires

 
GN⁺ 2025-10-04
Avis Hacker News
  • J’aimerais voir l’anglais devenir un peu plus régulier phonétiquement. En observant les fautes d’orthographe de mon fils pendant qu’il apprend l’anglais, je remarque que tout devient logique si l’on écrit comme on prononce. Par exemple, la première phrase qu’il m’a écrite était « my daddy and i tocd on d woki toki ». (À l’origine : « My Daddy and I talked on the walkie talkie. ») Au début, c’était déroutant, mais il avait simplement supprimé les sons muets ou à peine prononcés (par exemple le « l » de « talked »). Et inutile même de parler des conjugaisons irrégulières

    • Comme il existe de nombreux accents anglais dans le monde, il serait très difficile de créer une notation phonétique unifiée sur laquelle tout le monde pourrait s’accorder. Par exemple, une mère avec un accent britannique voudrait peut-être écrire « water » comme « wahtah », alors que pour moi l’orthographe actuelle convient très bien. Cela dit, il y a clairement des points qui pourraient être améliorés

    • Tu veux que l’anglais devienne plus phonétique ? L’anglais compte plus de 40 dialectes rien que dans son berceau d’origine. C’est la langue officielle de 60 pays. C’est une langue façonnée par des milliers d’années de domination coloniale romaine, germanique et française. Il y a aussi eu des évolutions phonétiques sur des siècles. Et tu penses qu’une langue comme ça deviendrait plus simple si on l’écrivait exactement comme elle se prononce ?

    • Je me demande sur quel accent on déciderait de fonder cette écriture phonétique. Entre l’accent de Louisiane, celui du sud-est de Londres, celui de Boston, le mid-Atlantic, etc., le choix est vaste. Quel que soit l’accent retenu, il ne pourra pas être phonétiquement exact pour tout le monde

    • Je ne suis pas d’accord avec l’idée que l’anglais devrait être plus phonétique et plus régulier. Au contraire, sa complexité et son histoire rendent la lecture, l’écriture et l’expression orale plus amusantes. C’est un peu comme la différence entre les pouces/pieds et le système métrique : le système métrique est plus pratique, mais je trouve les unités absurdes plus amusantes. Pourquoi 1 pied fait-il 12 pouces ? Personne n’en sait rien. Et c’est ça qui est drôle

    • L’orthographe conserve très bien le sens des mots et leur étymologie. Si on écrivait seulement à l’oreille, cette richesse linguistique pourrait disparaître. Les systèmes idéographiques comme les sinogrammes sont à l’extrême opposé, centrés sur le sens, mais l’anglais garde un bon équilibre

  • Si je pouvais réintroduire des lettres disparues, j’aimerais voir revenir thorn (þ). À mon avis, thorn représente un son rare dans les langues du monde, et cela justifie une lettre distincte. Fait amusant : beaucoup de lettres muettes n’étaient souvent pas prononcées dès l’origine. Ce sont d’anciens lexicographes qui les ont ajoutées volontairement pour montrer l’étymologie des mots. Par exemple, le « b » de « debt » vient du latin debitum. Jusqu’aux années 1500, on écrivait simplement « dette ». RobWords: Why English is full of silent letters

    • Ce serait amusant de ressusciter toutes les anciennes lettres de l’anglais (sauf wynn Ƿ, trop facile à confondre avec « P »). « æ » garde encore un son intuitif, donc on pourrait aussi conserver son nom « ash ». « þ » et « ð » serviraient à distinguer les deux sons de « th » (sourd et sonore). « ᵹ » pourrait être réservé à l’usage affriqué de « g » (par exemple le « g » de « gem »), ce qui permettrait d’utiliser « j » à la française (comme dans le son de « measure » en anglais). On pourrait toujours utiliser « k » pour un son donné, et réserver « c », « q » et « x » à d’autres usages. Cela éliminerait le besoin de digrammes

    • La fricative latérale alvéolaire sourde est aussi un son intéressant. On ne la note que par « ll » ou « hl » dans quelques langues européennes, comme le gallois ou l’islandais. Au Moyen Âge, il existait même des lettres dédiées, « Ỻ » ou « ỻ ». Wikipédia sur les fricatives latérales dentales et alvéolaires sourdes

    • C’est vraiment un son rare à l’échelle mondiale ? Quand je vais en Espagne, j’ai l’impression qu’il apparaît dans presque tous les mots

    • Les Suédois anglophones prononcent souvent le « b » muet de « debt » comme un son en « p ». Le résultat est aussi bizarre qu’on peut l’imaginer

    • Cet article m’a rappelé une BD SMBC. Elle parle justement du débat sur le caractère rare ou non des sons dans des langues parlées par plus d’un milliard de personnes, comme l’anglais et l’espagnol. SMBC: Phonemes

  • Je trouve fascinant qu’en remplaçant le « ᵹ » du vieil anglais par « y » dans des mots anglais modernes, on obtienne des formes encore reconnaissables aujourd’hui. En particulier, « tag » apparaît comme l’allemand « day », et « weg » comme « way ». Les suffixes sont intéressants aussi. Par exemple, l’allemand « hungrig » correspond à l’anglais « hungry ». Vraiment passionnant. Et je crois que mon tableau classique préféré est désormais celui du « chat toiletté par un singe dans un barbier »

    • Ce son a tendance à évoluer de manière instable. Dans certains dialectes du nord de l’allemand, on voit aussi une alternance entre g/j/ch
  • La lettre yogh en anglais est vraiment étrange. Mais la perte de wynn me manque encore plus. Rien que pour le nom, ce serait mieux que « double-yoo »

    • Dans ce cas, Microsoft aurait aussi dû renommer la touche ⊞. C’est assez drôle
  • Ce n’est toujours pas aussi étrange que le caractère « ꙮ » apparu dans un manuscrit du XVe siècle (le Multiocular O, censé représenter un séraphin aux multiples yeux). Il a été officiellement ajouté à Unicode en 2022

    • En réalité, ce caractère ressemble plutôt à un gribouillage figuratif apparu dans un seul manuscrit. Son ajout dans Unicode est cool, mais je ne pense pas que ce soit une véritable lettre
  • Il y avait une explication disant que « ȝ » servait à deux sons complètement différents en moyen anglais, mais quand on compare le néerlandais et l’anglais, on voit clairement des exemples où ce « gh » rugueux est devenu « y » en anglais. Par exemple, le néerlandais « weg » → l’anglais « way », ou « gisteren » → « yesterday ». Si la prononciation en « gh » était courante à l’époque, il serait plus logique qu’une seule lettre ait servi dans plusieurs mots

    • L’autre son de ȝ survit aujourd’hui sous la forme de « gh » dans des mots comme « laugh » ou « night », et il correspond au « ch » allemand/néerlandais (lachen / nacht). Si ȝ n’avait représenté qu’un seul son en moyen anglais, on n’expliquerait pas pourquoi le néerlandais et l’allemand ont eux aussi divergé en deux sons distincts. J’en conclus donc que des groupes de mots écrits de la même manière ne se prononçaient déjà pas de la même façon, et que les scribes du moyen anglais ne jugeaient simplement pas utile de noter cette différence

    • La prononciation de « weg » en néerlandais varie aussi énormément selon les régions. En Hollande, le « g » est fortement prononcé, alors qu’en Flandre-Occidentale il devient très doux, presque comme « way »

    • Je viens de réaliser qu’on observe la même chose en allemand. Hier → gestern, way → weg, etc. Mais comment prononçait-on vraiment cela en vieil anglais ? Je me demande aussi si le passage à une lecture moderne en « y » n’est pas dû à l’influence normande

    • Ce qui me gêne dans cet article, c’est qu’il semble supposer que la prononciation moderne était la même autrefois. En réalité, un même signe graphique peut très bien avoir eu une prononciation différente

  • Je suis totalement d’accord avec la phrase « English spelling has a reputation. And it’s not a good one. ». Ce que j’aimerais défendre, c’est que la lettre « c » n’a de raison d’être que si elle note le son « ch » ; sinon « s » ou « k » suffisent largement

    • La parodie de réforme orthographique anglaise de Mark Twain donne ce genre d’exemple. La première année, on remplace « c » par « k » ou « s », et on supprime aussi « x ». Seuls les cas avec « ch » restent des exceptions. La deuxième année, « which » et « one » s’écrivent avec la même consonne, la troisième année « y » est entièrement remplacé par « i », et la quatrième règle la question « g/j ». Au fil des ans, on supprime les consonnes et voyelles redondantes, ainsi que les lettres inutiles pour distinguer la prononciation. À la fin, on imagine un futur où l’anglais adopte une orthographe totalement logique et cohérente

    • Les irrégularités de l’orthographe anglaise permettent de distinguer les homophones. Par exemple : cent / sent / scent, ceiling / sealing, cite / sight / site, colonel / kernel, carrot / karat, cue / queue

    • Des exemples comme gist et mirage sont un peu injustes. Ces mots viennent à l’origine du français. Sinon, on pourrait aussi dire que les lettres muettes de rendezvous ou de faux pas posent problème

    • J’ai essayé moi-même de faire une réforme orthographique, et la distinction entre « dh » (comme dans « thy », « either », « teethe », peu fréquent mais dans des mots courants) et « th » (comme dans « thigh », « ether », « teeth », dans la plupart des mots) était de loin la plus difficile. La conversion j–dzh paraît aussi étrange. En plus, le nombre de voyelles varie selon les dialectes, ce qui provoque toujours des débats

    • Tout à fait d’accord. Je me suis beaucoup intéressé à la linguistique ces dernières années, et je pense qu’il serait amusant de créer une écriture phonétique adaptée à l’anglais. Par exemple, utiliser « c » pour /ch/ et « x » pour /sh/, et tester tout un tas d’idées de ce genre. J’en ferai peut-être un projet perso amusant un jour

  • En Écosse, en anglais britannique, la lettre yogh est restée en usage bien plus longtemps. Dans le nom « Menzies », le « z » a pris sa place, et cela se prononce encore « Ming-is » aujourd’hui. Récemment, le célèbre homme politique Sir « Ming » Campbell est d’ailleurs décédé

    • L’ancien Premier ministre australien au plus long mandat, Robert Menzies, portait lui aussi le surnom de « ming ». Il existe même un portrait humoristique appelé « ming vase », basé sur la forme de son visage. portrait ming vase

    • Il existait aussi une chaîne de marchands de journaux appelée Menzies, mais dans la prononciation locale cela sonnait comme Ming-is-es

    • Pour information, la prononciation est /ˈmɪŋɪs/, /ˈmɪŋɡɪs/

    • En russe, « з » se lit avec un son en z, donc cela sonne différemment de l’anglais

    • Merci pour l’info. Pendant longtemps, j’ai cru que Menzies était un nom grec. Je me demandais pourquoi un homme politique portait un nom grec

  • La lettre britannique « ᵹ » ressemble aussi visuellement au géorgien « გ ». Et il existe en géorgien des lettres qui rappellent aussi le yogh « ȝ », comme « ვ » (le v anglais, ou w à Tbilissi) et « პ » (un p fortement articulé). Le son « gh » s’écrit « ღ »

    • Quand on dit Géorgie, je pense à l’Angleterre et à cet autre pays à fond blanc avec des croix, la Géorgie. Comme les deux langues et leurs systèmes d’écriture sont géographiquement proches, il est possible que quelques ressemblances existent
  • Petite fierté locale. <i>Newzild</i> est un livre paru en 1966, un dictionnaire humoristique de la prononciation néo-zélandaise. Même le titre correspond à la façon dont « New Zealand » sonne avec l’accent néo-zélandais. La première salutation y reformule aussi joyeusement « how are you going? » en quelque chose comme « air gun? » ou « acid gun? ». New Zild and how to speak it