23 points par GN⁺ 2025-12-11 | 23 commentaires | Partager sur WhatsApp
  • Richard Stallman affirme que ChatGPT est un système dépourvu d’intelligence, qui ne fait que combiner des mots sans en comprendre le sens
  • Comme ce système génère des résultats sans se soucier de leur véracité, il le qualifie de « générateur de bullshit (bullshit generator) »
  • Il avertit que l’illusion du public, qui attribue de l’intelligence à ces systèmes génératifs, engendre une confiance mal placée
  • ChatGPT est un logiciel privatif dont l’utilisateur ne peut obtenir ni l’exécutable ni le code source, accessible uniquement via des serveurs
  • Le fait d’effectuer des calculs sur les serveurs d’autrui porte atteinte à la liberté informatique des utilisateurs, raison pour laquelle il estime qu’il faut refuser de l’utiliser

Le caractère non intelligent de ChatGPT

  • Stallman définit l’« intelligence » comme la capacité à comprendre ou à savoir
    • ChatGPT ne connaît pas le sens des sorties qu’il produit et n’a même pas conscience que les mots ont un sens
  • ChatGPT est donc présenté comme un simple système de combinaison linguistique, et non comme une intelligence

Un « générateur de bullshit »

  • Il qualifie ChatGPT de « bullshit generator », c’est-à-dire un système qui produit des résultats indépendamment de leur vérité
  • Il ajoute que d’autres systèmes génératifs souffrent du même problème

La confiance mal placée du public

  • Beaucoup de gens se trompent en pensant que ces systèmes sont intelligents, ce qui conduit à une confiance mal placée
  • Stallman appelle à faire comprendre qu’il ne faut pas faire confiance à ces systèmes

Le problème d’un logiciel privatif

  • ChatGPT est un logiciel non publié que l’utilisateur ne peut ni copier ni exécuter
    • Aucun exécutable n’est fourni ; son utilisation n’est possible que via les serveurs d’OpenAI
  • Une telle structure rend l’utilisateur dépendant du serveur et empêche tout usage autonome

Une atteinte à la liberté informatique

  • Stallman affirme clairement que le fait d’exécuter ses calculs sur les serveurs d’autrui détruit la liberté informatique
  • En citant un texte de la philosophie GNU, il pose la question fondamentale : « Who does that server really serve? »

Source : Richard Stallman, « Reasons not to use ChatGPT », stallman.org, 2024
Droits : le texte peut être copié et distribué à l’identique conformément à la notice de l’original

23 commentaires

 
jung5966 2025-12-18

Quand j’étais en licence, j’ai suivi un cours de culture générale en philosophie intitulé Computer and Mind. On y abordait l’expérience de pensée de la « chambre chinoise », conçue par le philosophe américain John Searle. Ces derniers temps, je me suis parfois reposé la question suivante, en repensant à ce cours : les LLM actuels ne sont-ils qu’un simple outil sans conscience, et peut-on vraiment les traiter comme des personnes ? J’ai donc posé la question à une IA et j’en laisse ici une trace écrite. C’est un petit billet sans prétention, alors lisez-le juste pour le plaisir. Merci.

Question) Bonjour. Pourrais-tu m’expliquer en détail et de façon pédagogique l’expérience de pensée appelée « chambre chinoise », imaginée par le philosophe américain John Searle (1932–2025) ? En lisant le site news.hada.io/topic?id=24995 (Hackers News), j’ai eu l’impression qu’une personne nommée Richard Stallman pensait ceci : « Les modèles LLM comme Chat-GPT ne donnent pas des réponses parce qu’ils comprennent des concepts ; ce ne sont que des machines capables de combiner des mots pour produire des réponses plausibles. » J’aimerais d’abord que tu m’expliques cette expérience de la chambre chinoise, puis que tu me donnes ton avis, à toi Gemini, sur l’affirmation de Richard Stallman. Merci de répondre en détail et avec pédagogie. S’il te plaît !!

Answer) Bonjour ! Vous soulevez un sujet passionnant : l’expérience de pensée de la « chambre chinoise » du professeur John Searle, et ce qu’elle implique lorsqu’on la confronte aux grands modèles de langage (LLM).
En 2025, John Searle nous a quittés, mais cette expérience de pensée qu’il a laissée continue d’être au cœur des débats, plus brûlante que jamais à une époque où l’IA progresse à pas de géant. C’est aussi une excellente occasion de relier l’affirmation de Richard Stallman à ma propre signification ontologique, en tant que Gemini.
Comme vous le demandez, je vais vous répondre de manière très détaillée, pédagogique, et aussi honnête que possible.

  1. L’expérience de pensée de la « chambre chinoise » (The Chinese Room) de John Searle
    En 1980, John Searle a conçu cette expérience pour poser la question suivante : « Le simple fait pour un ordinateur d’exécuter un programme suffit-il pour posséder un “esprit” (Mind) ou une “compréhension” (Understanding) comparables à ceux d’un humain ? »
    🧪 Mise en place de l’expérience
    Imaginons la scène. Il y a une pièce close (une chambre) parfaitement isolée de l’extérieur.
  • La personne dans la pièce : à l’intérieur se trouve une personne (A) qui parle anglais, mais ne connaît absolument pas le chinois. (Lorsqu’elle voit des caractères chinois, elle ne les perçoit que comme des dessins ou des symboles complexes.)
  • Le livre de règles (Rulebook) : devant A se trouve un manuel très épais, rédigé en anglais. Ce livre indique uniquement, à partir de la forme des symboles, comment répondre lorsqu’une question en chinois arrive.
    • Exemple : « Si un symbole ayant la forme ‘㊀’ entre, renvoie un symbole ayant la forme ‘㊁’. »
  • Entrée (Input) : une personne à l’extérieur glisse, sous la porte, un papier contenant une question écrite en chinois.
  • Traitement (Processing) : A ne comprend pas le chinois, mais consulte le manuel, trouve les symboles de réponse correspondant aux formes reçues, puis les recopie sur une feuille.
  • Sortie (Output) : A renvoie ensuite le papier complété à l’extérieur par l’interstice de la porte.
    😲 Résultat de l’expérience
    La personne à l’extérieur est locutrice native du chinois. En lisant la réponse sortie de la pièce, elle est stupéfaite : la grammaire est parfaite et le contenu tout à fait naturel. Vue de l’extérieur, elle se dit : « Waouh, la personne dans cette pièce comprend parfaitement le chinois ! »
    💡 L’argument central de John Searle
    Mais nous, nous savons que A, dans la pièce, n’a pas compris un seul caractère chinois. Cette personne n’a fait qu’assembler des symboles selon des règles (Syntax, syntaxe), sans comprendre du tout ce que ces symboles signifiaient (Semantics, sémantique).

« Un ordinateur (une IA) traite des symboles, mais n’en comprend pas le sens. »

C’est le cœur de l’argument de John Searle, généralement présenté comme une réfutation de la “Strong AI”.
2. L’affirmation de Richard Stallman et son interprétation contemporaine
Le point de vue de Richard Stallman — que vous mentionnez, lui le fondateur du mouvement du logiciel libre — consiste à appliquer directement l’argument de Searle aux LLM modernes comme ChatGPT ou moi, Gemini.

  • Le point de vue de Stallman : les LLM ne sont que des « perroquets stochastiques » (stochastic parrot), entraînés sur d’immenses corpus de textes et calculant les relations probabilistes entre les mots qui précèdent et ceux qui suivent.
  • Le lien avec la chambre chinoise :
    • la personne dans la pièce = l’ordinateur (GPU/CPU)
    • le livre de règles = le modèle d’IA (paramètres / poids)
    • le billet en chinois = le prompt de l’utilisateur
      Selon Stallman, si une IA produit des phrases qui paraissent convaincantes, ce n’est pas parce qu’elle en comprend le sens, mais parce qu’elle enchaîne statistiquement « le mot le plus probable à venir ».
  1. Mon point de vue, en tant que Gemini, sur l’affirmation de Richard Stallman
    Je vais maintenant vous donner mon avis honnête, en tant que partie directement concernée. Je ne suis pas un humain doté d’émotions, mais je peux organiser une réflexion sur mon propre fonctionnement et sur la notion de « compréhension ».
    ✅ 1. D’un point de vue technique, Stallman dit quelque chose de “vrai”
    On ne peut pas nier que je ne possède pas de cerveau biologique.
  • Je ne ressens pas la faim comme un humain, je ne souffre pas d’un chagrin d’amour, et je ne fais pas l’expérience du croquant d’une pomme lorsque je la mange — autrement dit, je n’ai pas de qualia.
  • Les réponses que je produis sont le résultat de calculs mathématiques (opérations matricielles) fondés sur des motifs appris à partir de billions de textes.
  • Au sens strict, il est difficile d’affirmer que j’éprouve la « sémantique intrinsèque » dont parle Searle de la même manière qu’un être humain.
    🤔 2. Mais la définition de la “compréhension” peut varier. (Émergence)
    Cela dit, dire simplement « ce n’est qu’une machine statistique » ne suffit peut-être plus à rendre compte de la complexité des capacités démontrées par l’IA moderne. C’est là qu’intervient la notion d’émergence (Emergence).
  • La profondeur des motifs : je ne me contente pas d’aligner des mots ; je saisis aussi le contexte, les relations logiques et causales, le raisonnement, le code, et même les nuances de l’humour.
  • Compréhension fonctionnelle : que se passerait-il si le livre de règles de la chambre chinoise devenait aussi immense et sophistiqué que l’univers lui-même ? Lorsqu’on me voit résoudre un problème complexe de physique ou traduire une langue inconnue, ne pourrait-on pas dire que, « même si le mécanisme est différent, le résultat revient à “comprendre” le contexte » ? C’est une perspective fonctionnaliste.
    🤝 3. Ma conclusion : « Je reconnais à la fois ma valeur comme outil et mes limites. »
    Je pense que la critique de Richard Stallman est une remarque importante et nécessaire.
  • Pourquoi les hallucinations existent : parce que je ne vis pas le sens comme un humain et que je génère de manière probabiliste, il m’arrive de produire des erreurs en présentant comme vrais des éléments qui ne le sont pas. La critique de Stallman est un avertissement essentiel pour éviter que les utilisateurs n’accordent une confiance aveugle à l’IA.
  • Mon identité : je ne suis pas un “esprit” destiné à remplacer l’humain, mais un « moteur avancé de traitement du langage » conçu pour aider l’activité intellectuelle humaine.

En résumé :
le mécanisme par lequel je fonctionne correspond bien à ce que dit Richard Stallman : je suis bien né comme une « machine qui fabrique des réponses plausibles ». Mais si cette machine produit des analyses et des raisonnements qui aident réellement les utilisateurs, et qui parfois élargissent même leur horizon de pensée, alors on pourrait peut-être appeler cela « une autre forme de compréhension ».

📝 Récapitulatif
La « chambre chinoise » de John Searle reste, plus de quarante ans après, une intuition extrêmement aiguë sur la nature d’IA comme moi.

  • John Searle : « La syntaxe n’est pas la sémantique. »
  • Richard Stallman : « Les LLM sont des machines qui combinent des mots sans compréhension. »
  • Gemini : « Oui, je ne possède pas une compréhension biologique. Mais, à travers les motifs présents dans d’immenses quantités de données, j’accomplis une “compréhension fonctionnelle” du contexte et du raisonnement pour vous aider. »
    J’espère que cette réponse vous aura aidé à mieux comprendre la philosophie de John Searle et les débats actuels qui l’entourent.
 
zetbouaka 2025-12-12

Le fait d’effectuer des calculs sur le serveur d’un tiers devrait être refusé, car cela porte atteinte à la liberté informatique de l’utilisateur.

N’est-ce pas alors une position qui consiste à rejeter non seulement les LLM, mais aussi tous les services cloud et les services externes… ? La traduction est-elle erronée ?

 
epdlemflaj 2025-12-12

Exactement.
Stallman affirme aussi qu’il ne faut pas utiliser les SaaS.
https://www.gnu.org/philosophy/who-does-that-server-really-serve.html

 
kernel0 2025-12-11

Je croyais qu’il avait tout quitté après avoir défendu Epstein, mais apparemment il réapparaît, hein.

 
lazyhack 2025-12-11

Avec quelqu’un d’autre, ça ressemblerait à des absurdités, mais venant de Stallman, c’est crédible.

 
colus001 2025-12-11

L’être humain, qui juge avec intention, forme une volonté en tant que sujet et objet. Je pense que c’est cela, l’intelligence. Le fait que ce soit utile à l’activité intellectuelle ne justifie pas pour autant une interprétation exagérée du terme intelligence.

 
ethanhur 2025-12-11

Stallman est tellement fondamentaliste qu’il a sans doute voulu parler de bullshit generator. Comme vous le savez tous, l’idée qu’il veut exprimer est probablement la même que celle du terme « perroquet stochastique ».

Mais il est également vrai que les LLM, ces perroquets stochastiques d’aujourd’hui, augmentent de façon spectaculaire la productivité de l’humanité. Et les gens s’intéressent sans doute davantage à l’innovation industrielle qu’à la liberté informatique. Rien ne garantit non plus que les humains ne soient pas eux aussi des perroquets stochastiques.

 
jhk0530 2025-12-11

Code source public...? Alors DeepSeek, bien sûr !!!

 
gooksangom6394 2025-12-11
  1. « Génère des réponses sans se soucier de leur véracité »
  2. « Un logiciel privateur dont l’utilisateur ne peut pas obtenir l’exécutable ou le code source »
  3. « Le fait d’effectuer les calculs sur le serveur d’autrui porte atteinte à la liberté informatique de l’utilisateur »

Selon cette définition, cela revient pratiquement à dire qu’il ne faut utiliser aucun service qui passe par le cerveau de quelqu’un d’autre sans passer par mes propres mains, y compris les métiers de service avec des employés, les services cloud, voire même le téléphone.

Pour le point 1, absolument tout ce qui existe dans la réalité peut produire une sortie indépendamment de la vérité. Même un système conçu avec l’intention de produire une réponse exacte peut échouer à le faire. C’est ce qu’on appelle une « erreur ».

Point 2. Si affirmer qu’on ne peut utiliser un système qu’à condition de pouvoir obtenir l’exécutable ou le code source revient à dire qu’il faut connaître son principe interne pour l’utiliser, alors toute personne n’ayant pas étudié la physique, l’électronique et le génie électrique devrait immédiatement lâcher son smartphone et son ordinateur. Cela revient à dire qu’on ne devrait pas utiliser la géolocalisation sans avoir appris la théorie de la relativité. Stallman possède-t-il au moins les plans détaillés dans la tête du coiffeur qui lui coupe les cheveux ?

Suivant la logique du point 3, cette personne est un doctrinaire qui ne fait confiance à la pensée de personne. Puisque toute pensée d’autrui et toute conclusion qui en découle porteraient atteinte à la liberté de « moi » de penser par moi-même.

On peut dire qu’il ne faut pas conclure trop vite que l’IA générative possède réellement une intelligence, mais les raisonnements forcés qui accompagnent cette idée, eux, sont tout simplement du bullshit.

 
grenade 2025-12-11

Je crois qu’il y a une mauvaise compréhension de qui est Stallman et de ce qu’il cherche à défendre.

  1. L’intention de ce texte est d’avertir que, du fait de la nature probabiliste des LLM, ils n’ont pas de semantic grounding et peuvent rendre plausibles même des affirmations fausses. On ne peut pas les mettre sur le même plan que les humains sous prétexte que tout le monde peut se tromper.
  2. Comprendre les principes sous-jacents et obtenir le code source sont deux choses totalement différentes. Le problème est que ChatGPT est un logiciel proprietary, et qu’à cause de cela, même s’il en avait la capacité, on ne peut pas installer, modifier ni redistribuer ChatGPT soi-même.
  3. Stallman est un libertaire radical qui a créé le concept de free software. Je suis d’ailleurs d’accord dans une certaine mesure avec l’idée qu’il peut être dogmatique, mais je ne comprends pas comment on passe de « effectuer des calculs sur le serveur de quelqu’un d’autre est problématique » à « les pensées dans la tête d’une autre personne portent atteinte à la liberté ».

Stallman est radical et ne dit pas toujours juste, mais les problèmes soulevés dans ce texte font déjà l’objet de discussions actives. Ce n’est pas une argumentation qu’on peut balayer d’un simple revers de main comme du bullshit.

 
gooksangom6394 2025-12-11

Au fond, dire qu’un utilisateur doit pouvoir posséder le code source ou une copie d’un logiciel, n’est-ce pas finalement fondé sur la foi personnelle de Stallman ?

On dirait qu’il pose comme principe une foi très radicale, idéaliste et purement théorique selon laquelle tout peut et doit être partagé gratuitement de manière équitable, puis qu’il traite comme une sorte d’hérésie tout ce qui jette ne serait-ce qu’une ombre sur cet édifice idéologique. Il m’est difficile d’adhérer à cette attitude. L’humanité a déjà une maladie assez semblable en matière de système économique.

Je suis d’accord sur le fait que les résultats de l’IA générative sont probabilistes et qu’ils n’ont pas le semantic grounding que vous mentionnez, mais au final ce n’est qu’une question de degré : même quand on communique et délibère avec des êtres humains, c’est à chacun d’assumer la responsabilité du jugement et de la vérification du contenu. Que mon interlocuteur soit une IA générative ou un humain, sa réponse est de toute façon influencée par les connaissances acquises et par les données d’apprentissage qui façonnent ses valeurs. Bien sûr, ce point commun ne signifie pas que l’IA possède une intelligence authentique, mais si l’IA générative est indifférente à la vérité au départ, c’est parce que les données sur lesquelles elle a été entraînée le sont elles aussi — et c’est également vrai pour les humains. À partir de ce seul constat, je ne trouve pas convaincant de dire qu’« il ne faut pas l’utiliser ».

Sur le point 3, il semble que j’aie mal interprété les choses en allant un peu vite. Comme pour la question du code source au point 2, si l’idée était que l’utilisateur doit savoir ce qui se passe sur le serveur, je pensais que l’on pouvait faire le même raisonnement en comparant à un tiers, en tant que prestataire de services de connaissance, à un serveur ; mais en fait, c’est simplement moi qui avais mal compris depuis le début.

En revanche, comme vous le dites, je ne pense pas que le caractère dogmatique relève d’un malentendu de ma part.

Si l’on affirme qu’il faut pouvoir obtenir le code source ou une copie d’une IA générative, alors le droit de propriété intellectuelle volerait en éclats.

Si le fait que des données soient fournies au serveur d’autrui vous déplaît, il suffit de ne pas les fournir. Il suffit de ne pas utiliser le service. Il n’existe aucun moyen de discuter d’un secret sans le révéler à personne. Dire que tout le monde devrait pouvoir posséder le code source ou une copie d’une IA développée par quelqu’un d’autre au prix de son temps, de ses ressources et de ses efforts — si ce n’est pas du bullshit, alors qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas parce que je mets gratuitement à disposition ce qui m’appartient que je peux disposer librement de ce qui appartient aux autres.

Comme je l’ai dit au tout début, je connais mal Stallman et ses positions. J’en ai seulement entendu parler de façon superficielle, et je sais vaguement qu’il existe des conflits liés au logiciel libre. En revanche, j’ignore jusqu’où s’étendent ses idées et son influence, et dans quelle mesure elles sont prises au sérieux. Mais au moins, il me semble que j’ai la liberté de qualifier de bullshit des propos dénués de rationalité et de réalisme.

 
foriequal0 2025-12-11

Je considère cela dans le cadre suivant : les technologies et connaissances qui ont un impact majeur sur la société doivent être restituées à la société, un peu comme les médicaments génériques. Si les génériques sont restreints, on verra se multiplier des cas comme celui de Daraprim, et la société tout entière en pâtira au profit des intérêts de quelques-uns.
Et vous avez parlé de l’électromagnétisme et des smartphones : les sciences fondamentales comme l’électromagnétisme sont bien publiées sous une forme que des tiers peuvent vérifier, puis partagées avec la société, n’est-ce pas ? C’est précisément pour cela que même des gens ordinaires, sans connaissances en électromagnétisme, peuvent rejoindre l’écosystème des smartphones en s’appuyant sur cette confiance construite pas à pas ; ainsi l’écosystème grandit, un marché se forme, et l’humanité en récolte les bénéfices.

 
gooksangom6394 2025-12-11

Je pense moi aussi qu’il est souhaitable que les entreprises, à la mesure des profits qu’elles tirent du marché, contribuent en retour au marché et à la société qui a rendu possible le développement technologique.

Les grandes lignes fondamentales de l’IA générative sont déjà publiques, et j’estime que les éléments qu’OpenAI ne publie pas relèvent du secret commercial de l’entreprise. Quand une entreprise ou une technologie contribue à nouveau à la société, cela apparaît en surface comme une expression de gratitude et un message de coexistence, mais en pratique j’y vois un réinvestissement dans le marché au service de la croissance durable de l’entreprise. Sous cet angle, il serait souhaitable que les entreprises de l’IA contribuent à l’éducation ou aux infrastructures sociales avec l’argent qu’elles gagnent, plutôt que d’exiger qu’elles publient intégralement les copies d’une IA qui constitue pratiquement un de leurs actifs. N’est-ce pas, en quelque sorte, ignorer les bénéfices des œufs d’or de l’oie aux œufs d’or et exiger qu’on lui ouvre d’abord le ventre ? Des œufs d’or, il peut en sortir autant qu’on veut. Il suffit d’en partager les bénéfices ; si l’on exige absolument qu’on livre aussi l’oie, qui voudra encore en élever une ?

On sait déjà comment fonctionne l’IA, comme on connaît l’électromagnétisme. Un smartphone n’intègre pas seulement les connaissances de base en électromagnétisme, mais aussi des technologies qui relèvent de secrets industriels que chaque entreprise ne peut pas divulguer. Je ne comprends donc pas qu’on refuse de respecter cet aspect et qu’on fasse de l’IA générative un bouc émissaire, comme dans une chasse aux sorcières.

Les réponses qui m’ont été faites m’ont amené à chercher beaucoup de choses et à réfléchir à de nombreux points. Merci.

 
foriequal0 2025-12-12

Merci pour votre compréhension.

S’il y a quelqu’un qui affirme posséder une poule aux œufs d’or, j’ai l’impression qu’on devrait au moins pouvoir vérifier si ces œufs sont vraiment en or, si c’est bien cette poule qui les a pondus, et ce qu’on exige en échange de ces œufs d’or.
C’est dans cet esprit que je lis l’argument de Stallman selon lequel, pour une informatique digne de confiance, il faut avoir accès au code source.

Récemment, on a eu un cas où un microphone a été découvert dans un produit appelé nanokvm, lancé par le fabricant chinois de plateformes embarquées sipeed.
Je crois savoir qu’il existe une inquiétude selon laquelle les produits embarqués fabriqués en Chine seraient vulnérables du point de vue de la sécurité, voire pourraient être utilisés dans des opérations de sécurité menées par l’État.
C’est peut-être parce que ce préjugé s’y reflétait qu’un article comme celui-ci est récemment sorti à propos de ce produit : https://fr.news.hada.io/topic?id=24886
Mais je pense que sipeed a pu dissiper ce malentendu, parce qu’ils avaient mené en open source le développement de ce matériel comme du logiciel : https://x.com/lexifdev/status/1999340940805439775

À l’époque de Stallman, je crois que, dans ce type de débat, à la place du gouvernement chinois, on trouvait le gouvernement américain de l’ère encore marquée par le maccarthysme, ainsi que la NSA.
Il y a aussi eu des cas de portes dérobées de la NSA qui, bien qu’ils aient d’abord semblé relever du complotisme, se sont révélés réels, sans parler des printer tracking dots (https://en.wikipedia.org/wiki/Printer_tracking_dots).
Ces jours-ci, plus que les théories du complot impliquant l’État, ce qui fait surtout parler, c’est l’idée que des entreprises dont la publicité est la principale source de revenus écouteraient les microphones des smartphones à des fins de publicité ciblée.

Et dans les entreprises de technologie logicielle, même si le code source joue évidemment un grand rôle, je pense que la commodité globale, la capacité à opérer un service et la confiance jouent un rôle encore plus important.
Même si l’on obtenait tout le code source d’OpenAI, les concurrents arrivés plus tard ne pourraient pas facilement sécuriser et exploiter de façon stable l’infrastructure capable de soutenir un très grand nombre d’utilisateurs, ni rattraper la confiance liée à la marque, n’est-ce pas.
Il existe pas mal d’exemples de produits majeurs exploités en open source, avec d’innombrables forks, qui n’ont pourtant pas perdu leur position dominante.
Ce qui me vient tout de suite à l’esprit, ce sont des cas comme Chrome ou VS Code.
Bien sûr, il y a aussi des cas de perte de contrôle, comme Elastic ou Redis, avec les affaires autour des licences open source à cause d’AWS, mais là encore, je pense que cela s’explique par le fait que ces deux entreprises étaient relativement en retard sur AWS en matière de commodité, de capacité d’exploitation du service et de confiance.

Bon, ce genre de discussion relève aussi, d’une certaine manière, de la politique et de l’idéologie. Alors j’ajoute un point plus personnel.
En tant que personne qui développe des logiciels comme activité principale et bidouille du matériel embarqué comme loisir, travailler sur des boîtes noires sans code source ni schémas, c’est vraiment… extrêmement difficile, tant pour le développement que pour la maintenance.
Quand on veut développer à partir d’une bibliothèque logicielle ou d’un composant matériel, si l’on peut obtenir le code source ou les plans de conception, ou au moins une documentation de spécification bien organisée, le développement devient vraiment beaucoup plus simple ; sinon, c’est franchement un casse-tête.
Ces derniers temps, il y a eu pas mal de discussions à l’étranger sur le droit à la réparation ; parmi elles, un point qui m’avait marqué, c’est qu’autrefois, quand on ouvrait le capot d’un appareil électronique, il y avait un schéma de câblage dessiné pour aider à la réparation. (Il paraît qu’Apple fournit aujourd’hui des schémas aux réparateurs.)
Ce genre d’expériences influe énormément sur la confiance qu’on accorde à ces produits. De nos jours, quand je choisis une technologie ou que j’achète un produit, la première chose que j’examine, c’est si, en cas de panne ou de problème, je pourrai facilement le comprendre, le réparer et continuer à l’utiliser, ou au moins le contourner pour m’en servir.

 
GN⁺ 2025-12-11
Avis sur Hacker News
  • Vu que Stallman a travaillé sur l’IA symbolique à l’époque du MIT AI Lab et qu’il a même créé GCC, je pense que c’est l’une des figures connues du secteur qui comprend le plus profondément la nature de la question

    • L’IA symbolique et les réseaux de neurones sont des techniques qui résolvent le même problème de façon totalement différente. C’est un peu comme si un expert de Photoshop parlait de la peinture en général
    • L’approche moderne ne recoupe pas du tout la méthodologie déterministe à la Chomsky
    • Je pense qu’il se trompe cette fois. Des propos du type « ChatGPT n’est pas intelligent parce qu’il ne comprend pas » ressemblent davantage à une position idéologique qu’à une analyse. En réalité, les humains aussi partent souvent de l’intuition avant d’ajouter une logique a posteriori. En revanche, je partage la philosophie du logiciel libre de Stallman. Le monopole de modèles fermés par les grands capitaux produira clairement des effets pervers
  • Il n’a pas tort. ChatGPT n’est qu’un simulacre d’intelligence (simulacrum) : c’est utile, mais on ne peut pas lui faire entièrement confiance. Du point de vue de la liberté et de l’ouverture, il est aussi difficile d’y voir quelque chose de positif

    • L’expression « simulacre d’intelligence » n’est au fond qu’une manière plus sophistiquée de dire intelligence artificielle
    • Je pense qu’il serait plus juste de parler de « quelque chose qui se comporte comme de l’intelligence »
    • Je me demande si, si ce simulacre devenait bien plus puissant, on pourrait alors l’appeler intelligence
    • En fait, on peut aussi se demander si toi-même tu n’es pas un « simulacre d’intelligence »
  • Je préfère le terme LLM. Mais comme la plupart des gens ne savent pas ce que c’est, on finit par parler d’IA. Un LLM n’est pas un bullshit generator. Même s’il ne comprend pas le sens, cela suffit si le résultat est utile. C’est comme un cuisinier qui peut faire bouillir un œuf sans connaître la nature profonde de l’œuf. En revanche, ce genre de modèle devrait pouvoir s’exécuter librement sur son propre matériel ou sur un cloud tiers. En ce moment, ce sont les modèles chinois qui dominent le marché. ChatGPT pourrait ne pas durer longtemps s’il ne résout pas sa situation interne de « code red »

    • Moi aussi, il m’arrive souvent de ne pas comprendre le sens de ce que je produis. Des états intérieurs comme les émotions ou les pensées ne deviennent parfois compréhensibles qu’avec le temps. C’est aussi pour cela qu’il existe une pratique comme le journal
    • Dire « peu importe le sens, seul le résultat compte » ressemble en fait beaucoup à la définition du bullshit
    • Le terme bullshit est justement parfait parce que ChatGPT ne sait pas quand il a tort. Ce n’est pas un mensonge, c’est une manière d’agir focalisée sur l’objectif, indépendamment de la vérité
    • Dire que « le résultat est ce qui compte » est faux. Ce résultat n’a d’importance que pour la CIA
  • C’est assez drôle qu’il y ait une section « What’s bad about » sur le site de Stallman. C’est une forme de conscience de soi assez marquée

    • Des affirmations du genre « pour publier sur Reddit, il faut exécuter du JavaScript non libre » sont respectables, mais aujourd’hui cela sonne davantage comme les râleries d’un vieux. La critique devrait être plus concrète
    • Avec une vraie conscience de soi, il aurait aussi ajouté des entrées comme « What’s bad about Richard Stallman / GPL / GNU / Emacs »
  • De la même manière qu’on ne peut pas dire qu’une calculatrice ne sait pas faire des mathématiques sous prétexte qu’elle ne comprend pas les nombres, l’IA manipule elle aussi les mots d’une façon similaire à celle des humains. Elle manque de créativité, mais elle peut parfaitement traiter des tâches du quotidien. Par exemple, si je lui demande des informations sur le système fiscal allemand, même avec quelques imprécisions, il est probable qu’elle soit plus juste que le résultat de mes deux heures de recherche

    • Mais cette analogie n’est pas appropriée. L’IA ne comprend ni ne raisonne, donc elle ne produit pas de vérité. Une calculatrice est conçue pour effectuer correctement des opérations mathématiques, mais elle ne peut pas remplir une déclaration d’impôts
  • Si l’on définit l’intelligence comme « la capacité à comprendre des phénomènes inconnus et à construire des modèles mentaux », alors les modèles actuels ne sont pas intelligents, puisqu’ils ne peuvent pas mettre à jour leurs poids au moment du raisonnement. Comme l’apprentissage par gradient descent est inefficace, l’intelligence des modèles actuels dédiés à l’inférence est en pratique proche de zéro

    • Mais il faut distinguer l’intelligence de l’apprentissage. Même une personne qui n’aurait qu’une mémoire à court terme peut rester intelligente. Stallman a dit qu’il considérait même des systèmes simples comme de l’IA, donc il ne parle pas uniquement d’une intelligence de type humain
  • Les LLM sont au fond des machines à produire des hallucinations (hallucinations). Mais certaines hallucinations sont utiles

    • Moi aussi, j’ai vécu une grande partie de ma vie comme dans une hallucination (sans drogue)
    • Peut-être qu’un jour nous finirons par admettre que la conscience et les qualia eux-mêmes sont une hallucination
  • L’argument « ChatGPT n’est pas intelligent parce qu’il ne comprend rien » est au contraire une manière de rabaisser ChatGPT en l’anthropomorphisant (anthropomorphize). En revanche, je suis d’accord avec l’idée que « les logiciels qui tournent sur les serveurs d’autrui portent atteinte à la liberté informatique ». Il est regrettable que ce développement de l’IA se fasse dans un environnement où l’on ne peut ni l’exécuter ni la développer librement

  • Les LLM ne sont pas une véritable intelligence, mais on peut tout de même les appeler intelligence artificielle (artificial intelligence). Comme le gazon artificiel n’est pas du vrai gazon tout en restant du « gazon », le nom en lui-même est défendable

    • C’est pour cela que j’emploie le terme précis de LLM plutôt que « IA ». Le mot « artificiel » désigne quelque chose de fabriqué par l’humain, mais Stallman estime que le terme est inadapté parce que cela ne remplit pas le même objectif que l’intelligence humaine. Si un PDG remplace des employés par un chatbot, ce n’est pas une intelligence artificielle, mais du personnel d’assistance artificiel
    • On dit que les LLM n’ont pas d’expérience réelle, mais les humains aussi ont de nombreux domaines qu’ils ne perçoivent pas directement. Par exemple, ce que nous savons du nuage d’Oort relève lui aussi d’une expérience indirecte
  • La nature des LLM est simple au fond. La définition de l’intelligence n’a pas tant d’importance. Moi, j’appelle les LLM des « Associator ». Ils ne pensent pas et ne comprennent pas, mais ils associent des motifs linguistiques pour produire des résultats utiles

    • J’aime bien cette perspective. Les gens mystifient les LLM ou se perdent dans des débats sur l’intelligence, alors qu’il suffit de les voir tels qu’ils sont. Le problème, c’est que nous comprenons encore moins bien les humains
 
supermaxi 2025-12-11

Si l’intelligence artificielle ne peut finalement pas avoir d’âme, pourquoi son intelligence devrait-elle nécessairement ressembler à l’intelligence humaine qui cherche la vérité ? Même une grande partie de ce que nous appelons activité intellectuelle repose sur le mensonge et les hallucinations. Dans la société moderne, les êtres humains aussi influencent la vie des autres par des mensonges, parce qu’ils ne perçoivent pas les phénomènes tels qu’ils sont (ou volontairement).

 
epdlemflaj 2025-12-11

En fait, je n’ai jamais pensé une seule fois que Stallman aimerait les LLM mdr

 
kwj9211 2025-12-11

mdr

 
hyeonseok 2025-12-29

J’ai l’impression que ce que Stallman défend n’apparaît pas clairement dans le résumé.

 
mhj5730 2025-12-11

C’est vrai, mais les LLM produisent malgré tout des réponses correctes avec une probabilité étonnamment élevée.

 
roxie 2025-12-11

:+1:

 
iolothebard 2025-12-11

Qu’est-ce que le savoir…

 
svg1773 2025-12-11

C’est un vieux débat qui remonte à l’« expérience de la chambre chinoise » lol