- La bibliothèque Python de détection d’encodage de caractères chardet a été réimplémentée à l’aide de l’IA, et son passage de la LGPL à la MIT a déclenché un débat sur l’éthique de l’open source
- Certains ont reconnu la légalité de la réimplémentation par IA, mais l’article souligne que ce qui est permis par le droit n’est pas forcément légitime socialement
- Les réimplémentations historiques de GNU et Linux allaient de l’appropriation vers la liberté, alors que ce cas-ci agit dans le sens d’un affaiblissement de la protection des biens communs
- Les clauses de partage de la GPL ne sont pas une restriction, mais un mécanisme garantissant un partage réciproque, tandis que la liberté façon MIT crée une structure asymétrique où les bénéfices vont surtout aux acteurs les mieux dotés en capital
- À une époque où l’IA facilite le contournement du copyleft, le principe selon lequel ceux qui tirent des bénéfices des biens communs doivent les leur restituer devient encore plus important
Réimplémentation par IA et changement de licence de chardet 7.0
- La bibliothèque Python chardet a été entièrement réécrite avec Claude d’Anthropic
- La nouvelle version est 48 fois plus rapide et ajoute la prise en charge du multicœur
- La similarité du code a été mesurée à moins de 1,3 %, ce qui la fait considérer comme une œuvre indépendante
- La licence est passée de la LGPL à la licence MIT, supprimant l’obligation de publier le code source
- L’auteur d’origine, Mark Pilgrim, a soulevé sur GitHub la possibilité d’une violation de la LGPL
- Selon lui, une réimplémentation réalisée alors que l’IA a été exposée au code existant est difficile à considérer comme une approche en clean room
Réactions opposées dans l’open source
- Armin Ronacher (créateur de Flask) s’est félicité du relicenciement et affirme que la GPL va à l’encontre de l’esprit du partage
- Salvatore Sanfilippo (antirez, créateur de Redis) défend la légalité de la réimplémentation par IA, en s’appuyant sur l’histoire de GNU et le droit d’auteur
- Tous deux assimilent ce qui est légal à ce qui est légitime, mais l’article insiste sur l’écart entre le droit et l’éthique
L’histoire de GNU et la différence de direction
- Les réimplémentations de GNU étaient un processus visant à transformer des logiciels propriétaires en logiciels libres
- L’essentiel n’était pas la simple permission juridique, mais une orientation éthique d’extension des communs
- À l’inverse, le cas de chardet fonctionne dans le sens d’une suppression de la protection copyleft et d’un démantèlement des garde-fous des communs
- Les dérivés fondés sur chardet 7.0 ne seront plus soumis à l’obligation de publier leur code source
- antirez néglige cette opposition de direction et invoque à tort le précédent de GNU
La GPL et le sens du partage
- Ronacher affirme que la GPL limite le partage, mais l’article y voit un contresens fondamental
- La GPL n’exige la publication du code source qu’en cas de distribution et n’impose aucune contrainte pour l’usage privé
- C’est un mécanisme qui garantit la réciprocité du partage, et non un frein au partage
- La licence MIT laisse le destinataire du code libre, mais n’impose aucune obligation de retour de contribution
- Au final, cela produit une structure où les bénéfices se concentrent du côté des acteurs disposant du plus de capital et de main-d’œuvre
- Les cas d’absorption de code sous GPL par les entreprises dans les années 1990 montrent la nécessité de renforcer le copyleft
Cas d’école contradictoire : Vercel et Cloudflare
- Après que Vercel a réimplémenté GNU Bash avec l’IA, l’entreprise a mal réagi quand Cloudflare a réimplémenté Next.js
- Next.js étant sous licence MIT, il n’y avait pas de problème juridique
- Cela révèle la contradiction consistant à dire que faire passer la GPL à MIT serait une victoire du partage, tout en s’insurgeant quand son propre code est réimplémenté
- Ronacher reconnaît cette contradiction sans pour autant changer de conclusion, ce que l’article présente comme une conclusion dictée par une position préalable plutôt que par la logique
Distinguer légalité et légitimité
- Le droit ne fait que définir ce qui n’est pas interdit ; il ne garantit pas que ce soit juste
- Il existe des actes légaux mais antisociaux, comme l’optimisation fiscale ou la hausse du prix des médicaments
- La LGPL de chardet n’était pas un simple dispositif juridique, mais une promesse sociale de 12 ans
- Une relation de confiance fondée sur l’idée suivante : si l’on utilise ce code, on le repartage dans les mêmes conditions
- Même si la réimplémentation par IA constitue juridiquement une nouvelle œuvre, elle rompt la confiance avec les contributeurs
- Zoë Kooyman de la FSF l’énonce clairement : ne pas accorder aux autres les droits que l’on a soi-même reçus est un comportement antisocial
L’asymétrie des points de vue
- antirez et Ronacher sont des figures centrales de l’open source, et un monde où la réimplémentation par IA se généralise leur est favorable
- Pour les contributeurs de chardet, en revanche, cela signifie la perte de la protection attachée à leurs contributions
- Ignorer cette asymétrie pour dire seulement « il n’y a pas de problème juridique » relève, selon l’article, non de l’analyse mais de la rationalisation
L’avenir du copyleft et le jugement social
- Bruce Perens a averti que « l’économie du développement logiciel est terminée »
- antirez a répondu qu’il fallait s’adapter, Ronacher que c’était intéressant
- Mais la question centrale est la suivante : à mesure que le copyleft devient plus facile à contourner, devient-il aussi plus nécessaire ?
- L’article répond clairement : oui
- La GPL ne protège pas la rareté du code, mais la liberté des utilisateurs
- Plus l’IA facilite la réimplémentation, plus les frictions liées à la suppression du copyleft diminuent
- Le principe selon lequel ceux qui reçoivent des communs doivent y restituer en retour est une norme sociale indépendante du temps et de l’évolution technologique
- Le droit évolue lentement, mais les jugements de valeur de la communauté ont toujours avancé avant lui
- L’évolution GPLv2 → v3 → AGPL montre elle aussi que le jugement communautaire précède le droit
- À l’ère de l’IA, il faut étendre la protection du copyleft jusqu’aux suites de tests et aux spécifications d’API
- En conclusion, l’article insiste sur le fait que le jugement social doit précéder le verdict juridique, et que la légalité ne peut pas se substituer à la légitimité
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