3 points par GN⁺ 2024-07-07 | 1 commentaires | Partager sur WhatsApp
  • Écrire permet de fixer sur le papier des pensées floues pour en faire des objets que l’on peut examiner, et d’accéder aux « pensées derrière les pensées » au-delà de notre compréhension actuelle
  • Écrire pour réfléchir commence non pas par des phrases vagues, mais par des affirmations réfutables, en laissant volontairement apparaître les endroits où des contre-exemples et des révisions pourront s’insérer
  • Déplier une conclusion en prémisses et en explications augmente la surface disponible pour la critique, et même une explication erronée devient un résultat intermédiaire vers une compréhension plus juste
  • La gêne et la tension que l’on ressent en relisant un texte peuvent signaler un problème profond, et publier trop vite fait facilement passer à côté de ce signal
  • Les contre-exemples se divisent entre contre-exemples locaux, qui ne corrigent que l’explication, et contre-exemples globaux, qui font s’effondrer la conclusion et imposent de remplacer le modèle existant par un modèle plus profond

Comment l’écriture rend la pensée plus solide

  • Les pensées dans notre tête sont fluides : même lorsqu’une contradiction apparaît, il est facile d’y échapper en changeant le sens ou en s’appuyant sur les limites de la mémoire
  • Une pensée écrite sur le papier ne peut plus se déplacer à volonté ; dès qu’on la relit, les fissures dans l’argument apparaissent
  • Quand on pense en écrivant, voir une idée s’effondrer relève moins de l’échec que de l’objectif
    • Il faut que la compréhension existante se brise pour accéder à une pensée plus profonde
    • Il faut que les fissures apparaissent pour que l’on sache aussi où faire entrer les retours et les corrections

Formuler délibérément des affirmations claires

  • Écrire pour réfléchir demande des affirmations nettes et tranchées plutôt que des formulations ambiguës
  • L’ambiguïté laisse la pensée dans un état fluide même une fois sur le papier, ce qui lui permet de glisser vers un autre sens dès qu’elle subit une pression
  • Même avec des informations limitées, formuler une affirmation provisoire facilite les échanges et les retours
    • Lors d’une conversation avec un linguiste japonais, l’auteur a comparé la relation entre les systèmes d’écriture chinois et japonais à celle entre la Grèce antique et l’Empire romain, mais cette analogie n’était pas bonne
    • Mais comme cette compréhension naïve avait été exposée, l’interlocuteur a pu proposer un modèle plus riche
  • En termes mathématiques, cela se rapproche de la formulation d’une conjecture
    • On pose une hypothèse fondée sur des informations limitées, puis on la remplace par une nouvelle conjecture lorsqu’un contre-exemple apparaît
    • Le but n’est pas d’avoir raison du premier coup, mais d’aboutir à une meilleure compréhension

Déplier la conclusion en prémisses et en explications

  • « Déplier finement » une conclusion consiste à dérouler la chaîne des prémisses et des explications qui pourraient la rendre vraie
  • L’explication n’est pas l’argumentation finale destinée à prouver la conclusion, mais une manière de faire sortir l’intuition contenue dans cette conclusion sur une surface que l’on peut examiner
  • La conclusion « un enfant a besoin d’une école où il peut explorer ses centres d’intérêt à son propre rythme » peut se décomposer en prémisses telles que :
    • Les êtres humains ont une motivation intrinsèque à apprendre, et l’école peut l’endommager
    • Il vaut mieux approfondir quelques sujets qui passionnent vraiment que survoler superficiellement un large éventail de matières qui n’intéressent pas
    • Il faut aller à l’école pour se socialiser
    • Donc il faut une école qui autorise l’apprentissage autodirigé
  • Une fois les prémisses déployées par écrit, les défauts deviennent vite visibles
    • Les idées manifestement fausses peuvent être abandonnées pendant l’écriture
    • Les formulations floues peuvent être corrigées en expressions plus précises et plus concrètes

Le malaise lent qui révèle des problèmes profonds

  • Les défauts visibles immédiatement sont en général des défauts de surface, tandis que les schémas plus profonds ne se révèlent qu’avec le temps
  • Un problème profond n’apparaît pas forcément d’emblée sous forme d’énoncé logique ; il peut d’abord se manifester comme un signal émotionnel
    • On ressent une légère tension dans la poitrine en relisant une phrase
    • Le regard se brouille, ou il reste une impression de décalage
  • Si l’on écarte ce léger inconfort en se disant que « les mots sont de toute façon toujours glissants », on risque de perdre l’occasion de dépasser sa compréhension actuelle
  • Les personnes qui écrivent et publient rapidement peuvent passer au texte suivant avant d’avoir suffisamment ouvert ces problèmes cachés
  • Revenir à la liste des prémisses et y ajouter des questions de suivi permet de pousser la conclusion plus loin
    • « Pourquoi l’école est-elle nécessaire à la socialisation ? »
    • « Où peut-on lire des recherches sur le sujet ? »
    • « Si les êtres humains sont façonnés par leur groupe de pairs, à quoi ressemble un groupe de pairs idéal ? »

Mettre sa pensée à l’épreuve avec des contre-exemples

  • Après avoir formulé des affirmations claires et corrigé les défauts de surface, on vérifie où l’argumentation se brise à l’aide de contre-exemples
  • Les prémisses qui contiennent des propositions factuelles peuvent être vérifiées en parcourant les recherches correspondantes
    • En étudiant le homeschooling, l’auteur a découvert que la prémisse selon laquelle « la plupart des enfants instruits à la maison ont des problèmes de socialisation » ne tenait pas
    • Cette vérification n’a pas pris quelques minutes mais plusieurs années, et le fait que le homeschooling soit illégal et tabou en Suède a aussi joué un rôle
    • La conclusion a changé, et la famille a quitté la Suède pour faire l’école à la maison à Maud et à son frère ou sa sœur
  • Pour des questions personnelles et qualitatives, difficiles à trancher proprement par des études statistiques, on procède en imaginant des situations concrètes
    • On compare sans cesse l’affirmation à des cas réels, comme d’anciens projets d’écriture
    • On demande : « Dans quelle situation l’inverse s’est-il produit ? », puis on cherche des cas présentant les caractéristiques qui ont influé sur la conclusion, ainsi que d’autres caractéristiques différentes

Contre-exemples locaux et contre-exemples globaux

  • Selon la distinction de Lakatos, il existe des contre-exemples locaux et des contre-exemples globaux
  • Un contre-exemple local rend fausse une partie des prémisses ou de l’explication, sans pour autant modifier la conclusion elle-même
    • En corrigeant l’explication ou en abandonnant cette partie, on peut construire un modèle plus simple et plus général
    • Dans ce processus, l’explication s’améliore et la compréhension devient plus précise
  • Breaking Bad illustre un contre-exemple local
    • Le protagoniste justifie son trafic de drogue en disant qu’il doit subvenir aux besoins de sa famille
    • Mais comme un ancien ami lui a proposé de l’argent, cette explication est fausse
    • Plus tard, lorsqu’il reconnaît que c’était parce que cela lui donnait le sentiment d’être vivant, la conclusion reste la même, mais sa compréhension de lui-même devient plus exacte
  • Un contre-exemple global fait s’effondrer les prémisses qui soutiennent la conclusion, sans possibilité de les réparer, et brise ainsi la conclusion tout entière
  • Lorsqu’un contre-exemple global apparaît, l’ancien modèle mental laisse place à la confusion, et il faut le remplacer par un modèle plus nuancé et plus profond, qui inclut aussi cette critique

1 commentaires

 
GN⁺ 2024-07-07
Avis sur Hacker News
  • Je suis partagé sur cet article. D’un côté, il a raison, et écrire aide à affiner sa pensée.
    Mais si l’objectif est de vérifier la validité d’une idée, cette méthode est douloureusement inefficace. On va beaucoup plus loin en faisant une ou deux passes rapides sur un texte, puis en le faisant circuler auprès d’autres personnes pour obtenir des retours.
    Je crois avoir appris cela dans l’un des livres de Haidt, et cela correspond aussi à mon expérience. Si le cerveau a des biais ou des angles morts, il est peu probable qu’on les découvre par la seule réflexion pure. En y mettant autant d’efforts que l’auteur, on peut en trouver 20 à 50 % de plus que la moyenne, mais il restera tout de même de gros trous. Les retours extérieurs les révèlent très vite.
    J’avais un ami qui pensait de cette manière, et il n’était généralement pas difficile de trouver les failles qu’il n’avait pas envisagées. Il était aussi intelligent que moi, donc ce n’était pas une question d’intelligence.

    • Il est aussi important de savoir comment éviter le problème de devoir partir d’une page blanche. En ce moment, je lis « How to take smart notes », qui traite du Zettelkasten ; l’objectif de prendre des notes et de les relier entre elles est justement d’affiner sa pensée et de pouvoir les rassembler ensuite dans des essais ou des textes plus longs.
      En tant qu’autodidacte, doué pour générer des idées mais avec de très mauvaises habitudes de prise de notes, il m’a fallu presque 40 ans pour comprendre que l’écriture est essentielle pour comprendre des systèmes complexes. Et le point de départ n’est pas l’essai. Comme tu le dis, l’essai n’est que la partie émergée de l’iceberg, qui ne devrait nécessiter qu’une ou deux retouches rapides ; l’important, ce sont toutes les recherches et toute l’écriture qui mènent à un sujet ou à une théorie.
    • J’irais jusqu’à dire que si l’on ne peut pas exprimer une pensée avec des mots, cette pensée a du mal à avoir plus de substance que de la vapeur.
      Avant d’entrer dans le monde universitaire, je pensais raisonner clairement. Mais d’innombrables rapports, supports de formation et articles m’ont vite montré à quel point je me trompais.
      J’ajouterai que les illustrations de cet article comptent parmi les plus appropriées que j’aie vues.
    • Sauf lorsque les idées sont très peu nombreuses et simples, les retours ne sont ni particulièrement efficaces ni extensibles par rapport à l’auto-vérification par l’écriture.
    • Cet article me revient en tête : https://camhashemi.com/posts/organic-proposals/
      À mon avis, plus on emballe intellectuellement longtemps ses propres idées, plus on finit par y investir, ce qui rend plus difficile de prendre du recul.
  • Cet article est excellent, et correspond à une méthode que je pratique depuis plus de dix ans : écrire une réflexion, la relire, puis la relire encore depuis le point de vue opposé.
    J’aimerais toutefois contester le passage suivant : « Nous nous sommes simplement contentés de parler sans but, de lire au hasard et de prendre de petites notes. Cela a pris du temps et créé de la confusion. »
    Non. Cela fait aussi partie du processus. Cela fait partie de la prise de conscience, et c’est le prélude à la phase d’examen. C’est de la collecte de matériau.
    Une autre chose que j’ai apprise, c’est que ce type de pensée et d’écriture effraie les gens. J’ai un jour commis l’erreur d’envoyer une analyse rédigée à un cofondateur. Comme il n’avait pas d’habitude similaire, il ne l’a pas vue comme un examen de la situation de notre startup, mais l’a plutôt reçue comme de l’anxiété et de l’incertitude. Remettre en question les hypothèses peut être perçu comme inconfortable.

  • L’introduction de l’article contredit elle-même la thèse centrale du texte.
    « Si coucher une idée par écrit la rend toujours plus précise et plus complète, alors quelqu’un qui n’a jamais écrit sur un sujet n’a jamais eu de pensée pleinement formée à son propos. »
    C’est une erreur logique. C’est comme dire : « Les personnes qui signalent des erreurs logiques dans les commentaires Internet ont l’air stupide. Donc personne qui ne le fait pas n’a l’air stupide. » Il existe évidemment d’autres façons d’avoir l’air stupide.
    Même si l’écriture clarifie toujours la pensée, il est faux d’en déduire qu’on ne peut pas avoir de pensée claire sans écrire. Or, comme l’auteur commet ici cette erreur, cela montre que l’écriture ne mène pas toujours à une pensée claire.
    Pour mémoire, j’ai écrit ce commentaire pour clarifier ma pensée.

    • L’analogie devrait plutôt être comprise ainsi : les personnes qui signalent des erreurs logiques dans les commentaires Internet ont toujours l’air plus stupide, quoi qu’elles aient fait d’autre. Donc quelqu’un qui ne le fait pas ne peut pas avoir l’air parfaitement stupide.
      Ou encore : quelqu’un qui a attrapé Snorlax possède davantage de Pokémon ; donc quelqu’un qui n’a pas attrapé Snorlax ne possède pas tous les Pokémon.
      Il y a ici l’hypothèse qu’une pensée pleinement formée existe. Autrement dit, il existe une exception au « toujours ». On ne peut pas continuer à écrire et clarifier indéfiniment sa pensée pour toujours. Si une telle chose n’existe pas, l’énoncé peut encore être vrai, mais il ne dit pas grand-chose.
    • Cette introduction est une citation de Paul Graham ; ce n’est donc pas l’auteur du billet qui l’a écrite directement, ni, à strictement parler, lui qui commet cette erreur.
    • Peut-être est-ce parce qu’il est impossible d’atteindre une clarté totale. Plus qu’une quelconque vérité absolue, c’est le processus de déploiement de la vérité qui importe ; et ce qui semblait être une vérité absolue finit par se révéler n’avoir été qu’une étape de son développement.
  • « L’écriture organise et clarifie nos pensées. L’écriture est la manière dont nous entrons par la pensée dans un sujet pour nous l’approprier. L’écriture nous permet de découvrir ce que nous savons et ce que nous ignorons de ce que nous cherchons à apprendre. »
    ― William Knowlton Zinsser, Writing to Learn
    C’est l’un des livres qui m’ont poussé à écrire pour moi-même.

    • Je viens de finir "On Writing Well" de William Zinsser, et j’ai noté rapidement ceci :
      C’est vraiment un excellent livre. Les phrases de Zinsser sont limpides et captivantes. Il traite de la façon d’écrire, des raisons d’écrire et de ce qu’il faut écrire. Il utilise beaucoup de bons et de mauvais exemples, tirés de ses propres textes et de ceux d’autres personnes, et il regorge aussi d’histoires. Ce n’est pas un livre de grammaire ennuyeux.
      Par exemple, il ouvre le chapitre "The Lead and the Ending" de manière très tranchée : « Dans n’importe quel texte, la phrase la plus importante est la première. Si la première phrase n’amène pas le lecteur à la deuxième, le texte est mort. » C’est percutant et autoréférentiel.
      Il y a pas mal de choses sur les bonnes techniques, mais le cœur du livre tient plutôt au style et à la voix. La seconde moitié aborde des sujets comme "Writing in Your Job", sur la manière de ne pas sonner passif et de ne pas employer de mots à la mode, ou "Writing Family History and Memoir", sur l’écriture de l’histoire familiale et des mémoires. En fait, c’est à cause de ce chapitre que mon frère m’avait prêté ce livre. Il se termine par un chapitre stimulant sur l’art d’écrire, intitulé "Write as Well as You Can".
      Si vous voulez mieux écrire, lisez ce livre. Et même si ce n’est pas le cas, vous devriez absolument le lire.
    • Je me demande s’il y a des habitudes d’écriture ou techniques concrètes que tu as adoptées après avoir lu ce livre.
  • Que cette personne raconte sa propre expérience et encourage les autres à essayer quelque chose de similaire, très bien. Mais, en tant que personne dont une grande partie de la pensée est non verbale, et qui s’efforce aussi de la rendre telle, j’aimerais qu’on se souvienne qu’il existe d’autres types de cerveaux dans le monde.
    Dans ce texte, on trouve çà et là des formulations du genre « les gens sont comme ceci », « les gens sont comme cela », et cela se répète aussi dans la culture au sens large. Mais en réalité, il faudrait dire « certaines personnes sont comme ceci », « certaines personnes sont comme cela ». L’idée, c’est de ne pas devenir logocentriste.
    Pour être juste, j’ai apprécié que beaucoup de phrases de l’auteur commencent par des tournures comme « quand je… ». Cela les rendait plus faciles à accepter.
    La pensée que je viens d’écrire était déjà entièrement formée dans ma tête, et j’aurais très bien pu retourner à ma vie. Je l’ai mise en mots pour la transmettre à mon cher lecteur, et j’ai passé un peu du temps de cette courte vie terrestre à choisir les mots et à les reprendre. Ce n’était pas pour m’aider à penser.
    Bien sûr, il m’arrive aussi d’utiliser les mots pour m’aider à penser. Inutile de voir les choses en noir et blanc.

    • J’aimerais que tu expliques davantage pourquoi tu tends vers la pensée non verbale.
  • Si l’écriture enrichit la pensée, c’est parce qu’elle ressemble à un dialogue avec soi-même qui laisse automatiquement une trace. Je recommande de sauter l’étape intermédiaire de l’écriture et d’essayer de dialoguer avec soi-même par d’autres moyens, comme l’enregistrement audio. Ça marche vraiment, et cela demande beaucoup moins d’effort de mise en forme. La conversation fonctionne tout aussi bien.

    • Je fais beaucoup ça moi aussi, mais je perds souvent le fil et je m’interromps moi-même, ce qui me fait facilement dévier. Je vois l’intérêt d’aller plus lentement, de garder une trace du processus et de terminer ses phrases jusqu’au bout.
      Peut-être qu’un LLM pourrait aussi organiser tout ça à ma place.
    • La question est de savoir où stocker les mémos vocaux. Je crains qu’un flux de pensées non filtré, s’il sortait au grand jour, ne soit pas très bien reçu. Il faut à la fois une forte protection de la vie privée et une expérience utilisateur pratique.
  • L’écriture est tellement répandue, surtout dans les espaces numériques d’aujourd’hui, et même presque compulsive, qu’il faudrait peut-être l’autre versant.
    Il nous faut une manière de simplement penser, de penser librement. Une façon de penser sans la pression de devoir mettre ses pensées en forme par l’écrit ou la parole, par une expression externe ou interne, ni même par une quelconque verbalisation, et sans être ralenti par tout cela.

    • J’essaie de prendre du temps chaque jour pour m’asseoir tranquillement et laisser les pensées se déployer naturellement.
    • Les signes sont des intermédiaires. Supprimons la médiation.
  • Si la pensée est tout, le fait d’être limité par le vocabulaire de la langue qu’on utilise peut devenir une contrainte. En tant que bilingue, la question que mes amis me posaient souvent à l’école primaire était : dans quelle langue penses-tu ?
    Ma réponse était que je ne pensais pas en mots, mais en images. Plus tard, j’ai lu Lateral Thinking d’Edward de Bono. C’est peut-être hors sujet dans ce contexte, mais je me suis dit que ce livre pourrait intéresser quelqu’un ici.

  • « Quelqu’un qui n’écrit pas du tout ne peut pas avoir de pensée pleinement formée sur quelque chose de non trivial. »
    Dans ce cas, la musique est-elle triviale ? La danse est-elle triviale ? La sculpture est-elle triviale ?
    Honnêtement, je pense que P. Graham devrait sortir un peu plus.

    • En tant que personne qui a beaucoup pratiqué ce genre de choses en dehors de la programmation, je peux dire avec assurance qu’écrire sur quelque chose n’est ni une preuve de compréhension, ni une preuve de maîtrise du domaine. Notre système éducatif en est justement un bon contre-exemple.
    • Il me semble qu’il a aussi dit quelque part que les gens s’opposent surtout à une version déformée de tes idées.
    • En l’interprétant de manière un peu plus généreuse, on pourrait aussi considérer que chacune de ces pratiques possède son propre langage, et que l’activité en son sein ressemble à l’écriture.
  • « Si noter des idées les rend toujours plus exactes et plus complètes, alors quelqu’un qui n’a pas écrit sur un sujet n’a jamais eu de pensée pleinement formée à propos de ce sujet. »
    Apparemment, même l’avoir écrit n’a pas aidé ce raisonnement erroné.

    • Pour être clair, la citation ci-dessus est le passage de l’article lié où il cite Paul Graham.
      Qu’elle soit ou non logiquement rigoureuse, cette phrase semble être une manière rhétorique d’ouvrir une réflexion sur l’idée que l’auteur cristallise sa pensée par les mots.
      En tant que lecteur, je ne vois pas l’auteur prétendre que, une fois réduite à la logique symbolique, la phrase de Paul Graham soit valide et solide à tous égards.
    • Je ne vois pas où est l’erreur logique. Pour moi, c’est parfaitement juste. J’admets seulement que c’est trop littéral, comme si l’on pouvait raisonner sur le fonctionnement émotionnel de l’esprit humain avec assez de précision pour dire « toujours ».
      Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup constaté cet effet en rédigeant des documents de conception. Itérer sur un objet concret — le document — et le critiquer objectivement est très efficace pour examiner un problème sous tous ses angles.
    • Il n’y a pas de faille logique ici. Si une idée peut devenir plus exacte et plus complète, alors elle ne peut pas être pleinement formée.
    • Je pense qu’on peut sauver cette phrase en acceptant une certaine maladresse. Il ne faut pas regrouper les mots comme on le ferait d’habitude, en « pensée (pleinement formée) », mais plutôt, de façon un peu non standard, en « pleinement (formé une pensée à son sujet) ».
      Autrement dit, si l’on n’a pas écrit sur ce sujet, cela signifie qu’on ne l’a pas compris aussi précisément et complètement que possible. C’est clairement une exagération, mais je pense que c’est (1) logiquement cohérent, (2) probablement conforme à l’intention de pg, et (3) un slogan utile, même s’il est volontairement exagéré.
    • La logique est exécrable, mais l’idée elle-même est vraie.
      Écrire sur quelque chose corrige la plupart des idées fausses, et comme nous nous trompons dans 99 % des cas, on peut raisonnablement considérer que si l’on n’a pas écrit, on avait tort.