La crise de l’information publique est plus grave que prévu
(freegovinfo.info)- Les changements de politique gouvernementale relèvent du fonctionnement normal d’une démocratie, mais à l’ère numérique, les informations publiques sont plus faciles à supprimer ou modifier, ce qui rend le problème de leur préservation plus grave
- Comme les lois, règlements, données et recommandations publiques évoluent en permanence, les informations anciennes ou qui ne sont plus utilisées constituent aussi des archives montrant ce que le gouvernement savait, et à quel moment
- À l’époque des publications papier, les bibliothèques FDLP et, depuis 1962, les Regional FDLs conservaient physiquement les publications gouvernementales, mais les contenus publiés sur le web peuvent être facilement déplacés ou retirés
- Le GPO, la NARA, la Library of Congress, ainsi qu’Internet Archive et l’End-of-Term Archive, en conservent une partie, mais les lacunes juridiques et d’infrastructure rendent difficile la garantie d’un accès à long terme
- Les premières mesures de l’administration Trump ont mis en lumière cette vulnérabilité, mais la perte d’informations publiques numériques ne concerne pas une seule administration en particulier, et une infrastructure de préservation distribuée est nécessaire
Les changements de politique et la suppression d’informations sont deux choses différentes
- Après l’entrée en fonction d’un nouveau président, il est normal que les politiques changent dans une démocratie
- Le nombre et la rapidité des changements peuvent varier selon les administrations
- Les élections sont aussi le mécanisme qui permet de choisir entre différentes administrations
- Les informations gouvernementales ne changent pas seulement lors d’un changement d’administration, elles sont continuellement mises à jour
- Les lois et règlements sont ajoutés, modifiés ou abrogés
- Les données économiques, environnementales et de recensement sont nouvellement collectées et publiées
- Des recommandations destinées au grand public, comme la “food pyramid” du Department of Agriculture, sont elles aussi révisées
- Puisque le changement en lui-même est normal, il faut aussi conserver les informations non actuelles et les informations anciennes afin de pouvoir comparer les informations passées et les plus récentes
- Le fait de savoir quelles valeurs le gouvernement a explicitement affichées à un moment donné, quand il les a modifiées, quelles actions il a menées et quelles données il a collectées ou produites constitue une preuve pour la démocratie
- Même des informations qui se révèlent plus tard inexactes doivent être conservées afin de documenter ce que le gouvernement savait, et à quel moment
Les garanties qu’offrait le modèle de préservation sur papier
- À l’époque des publications gouvernementales sur papier, la préservation reposait en grande partie sur les bibliothèques
- Les bibliothèques FDLP recevaient et diffusaient les informations selon les besoins de leur communauté locale
- Depuis 1962, les Regional FDLs recevaient et conservaient l’ensemble des publications papier du système FDLP
- Même lorsque de nouvelles informations remplaçaient les précédentes, les anciennes n’étaient ni supprimées ni jetées, elles restaient disponibles
- À cette époque, il était possible de partir du principe qu’une fois rendue publique, une information gouvernementale ne serait ni retirée, ni modifiée, ni perdue
- Même lorsqu’une information était retirée pour une raison quelconque, une trace de ce retrait subsistait
- La liste des documents retirés entre 1981 et 2018 est compilée dans ce tableur
Le vide de préservation créé par la transition numérique
- L’édition publique est passée de la diffusion de documents imprimés immuables à la publication sur des sites web gouvernementaux
- Un contenu numérique peut être déplacé, modifié ou retiré d’un simple geste
- Les organismes publieurs n’ont aucune obligation de préserver leurs propres informations ni d’en garantir l’accès gratuit
- Une partie des informations publiques numériques est conservée par le GPO, la NARA et la Library of Congress
- Certaines données collectées par l’État sont conservées en vertu de la loi ou des usages
- Mais les bases juridiques qui soutiennent cela sont faibles, et de grandes lacunes subsistent dans la préservation de l’information publique
- Des projets non gouvernementaux tentent eux aussi de préserver l’information publique
- Internet Archive et End-of-Term Archive cherchent à collecter et stocker ces contenus via l’archivage du web
- Par nature, ces projets restent incomplets et offrent aussi de faibles garanties d’accès à long terme
Un problème qui dépasse une administration particulière
- Les premières mesures de l’administration Trump, comme les actions du premier mandat Trump, ont rendu visible au grand public la vulnérabilité de l’information numérique
- C’est un problème qui s’inscrit dans la continuité du billet précédent, Federal information scrubbing has begun
- La perte d’informations publiques numériques existait déjà avant Trump
- La crise actuelle vient non seulement du fait que l’information change, mais aussi du fait qu’elle peut être supprimée
- Cette possibilité de suppression découle des lacunes de l’infrastructure de préservation actuelle
- L’ampleur des pertes et modifications d’informations à l’ère Trump est peut-être sans précédent, ce qui exige une réponse immédiate à court terme
- Les bibliothèques, les archivistes et les citoyens doivent exiger, au-delà des solutions d’urgence, une nouvelle infrastructure distribuée de préservation pour l’information publique numérique
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