Comment développer la motivation intrinsèque : revue de la recherche scientifique
(erringtowardsanswers.substack.com)Résumé
Cet article propose une étude approfondie de la motivation intrinsèque (Intrinsic Motivation), à partir de l’expérience scolaire de l’auteur. Celui-ci prend comme point de départ un épisode personnel où il s’est soudainement senti animé d’une forte motivation intérieure pour étudier, et analyse pourquoi certaines activités nous absorbent profondément, puis pourquoi cette motivation peut disparaître tout aussi soudainement.
L’explication s’appuie principalement sur la théorie de l’autodétermination (Self-Determination Theory, SDT), selon laquelle la motivation intrinsèque dépend de la satisfaction de trois besoins : l’autonomie (autonomy), la compétence (competence) et l’appartenance relationnelle (relatedness).
L’article présente les résultats de diverses études expérimentales et en tire les conclusions suivantes.
- Les récompenses extrinsèques (argent, compliments, etc.) peuvent, selon le contexte, augmenter ou diminuer la motivation intrinsèque.
- Lorsqu’une récompense porte atteinte à l’autonomie de la personne, elle freine la motivation intrinsèque ; à l’inverse, lorsqu’elle respecte cette autonomie, elle la favorise.
- Un feedback positif qui confirme le sentiment de compétence renforce la motivation intrinsèque.
- La qualité des relations avec les autres joue elle aussi un rôle important.
Enfin, l’auteur donne un conseil pratique pour entretenir et développer la motivation intrinsèque : « Si vous voulez que les enfants prennent plaisir à étudier, cessez de les mettre sous pression et respectez leur autonomie. »
En quête de réponse : analyse approfondie de la motivation intrinsèque
Quand je suis entré en première au lycée, il s’est soudain produit quelque chose d’étrange.
Je me suis mis à étudier. Et même à étudier très sérieusement.
Entre 12 et 16 ans, je n’avais aucune motivation pour l’école. Je ne faisais pas mes devoirs et je ne préparais pas mes examens. Mes parents m’obligeaient chaque jour à rester deux heures dans ma chambre pour travailler, mais je passais ce temps à regarder par la fenêtre.
Puis, un jour, j’ai changé brusquement. J’ai commencé à vouloir réussir à l’école, les matières sont devenues intéressantes, et j’ai commencé à écouter attentivement mes professeurs. De l’extérieur, on aurait pu penser que j’étais devenu soudainement très sérieux, mais en réalité j’étudiais jusqu’à 12 heures par jour sans avoir l’impression de fournir un effort pénible. Au contraire, je ressentais de la curiosité et de l’énergie.
Ce phénomène s’est répété plusieurs fois dans ma vie. Il m’est arrivé de travailler sans relâche pendant des semaines ou des mois, puis, à un moment donné, de perdre soudainement toute motivation au point de ne plus pouvoir rien faire.
Je pense que cette expérience est probablement commune à la plupart des gens. Pourtant, nous comprenons mal ce phénomène. C’est pourquoi j’ai décidé d’examiner en profondeur le concept de motivation intrinsèque.
Qu’est-ce que la motivation intrinsèque ?
La motivation intrinsèque désigne le fait d’agir spontanément parce que l’activité elle-même est plaisante, indépendamment de toute récompense ou punition. À l’inverse, la motivation extrinsèque consiste à agir sous l’effet d’une pression externe ou en vue d’une récompense.
Des recherches montrent que plus la motivation intrinsèque est forte, plus nous prenons plaisir à une tâche, plus nous l’accomplissons efficacement, et plus nous faisons preuve de persévérance face aux difficultés. Mon hypothèse est que, dans les périodes de ma vie où ma motivation a soudainement augmenté, j’avais découvert par hasard une puissante source de motivation intrinsèque.
Comment les psychologues mesurent-ils la motivation intrinsèque ?
La méthode la plus représentative est le free-choice paradigm. Après avoir réalisé une activité donnée (par exemple un puzzle), on observe si les participants choisissent de continuer cette activité pendant un temps libre, sans surveillance ni récompense. Plus ils choisissent de la poursuivre longtemps, plus leur motivation intrinsèque est considérée comme élevée. On utilise également des questionnaires pour vérifier, à partir de l’évaluation subjective des participants, le plaisir qu’ils ont ressenti dans l’activité.
Causes et facteurs qui entravent la motivation intrinsèque
Depuis l’étude de Deci en 1971, de nombreuses expériences ont été menées. Les principales découvertes sont les suivantes.
- L’argent et les récompenses matérielles peuvent réduire la motivation intrinsèque (effet de surjustification).
- La motivation baisse en particulier lorsque la récompense est promise à l’avance ou qu’elle est très saillante.
- À l’inverse, une récompense inattendue ou étroitement liée à l’activité n’endommage pas la motivation intrinsèque.
- Cela est étroitement lié au fait que la récompense porte ou non atteinte à l’autonomie de la personne.
- Un feedback verbal positif (compliments, etc.) augmente au contraire la motivation intrinsèque en renforçant le sentiment de compétence.
- Les relations proches avec les autres (relatedness) exercent elles aussi une influence importante.
Ces résultats s’expliquent bien par la théorie de l’autodétermination (SDT), qui analyse la motivation à travers la satisfaction de trois besoins : l’autonomie, la compétence et l’appartenance relationnelle.
Mon expérience scolaire correspond également bien à cette théorie. Au lycée, en m’éloignant de la pression de mes parents et de mes enseignants, mon autonomie a augmenté, ce qui a renforcé ma motivation intrinsèque ; puis, à mesure que mes résultats s’amélioraient, mon sentiment de compétence a lui aussi progressé, créant une boucle de feedback positive.
Discussion : critiques et explications alternatives
Plusieurs explications alternatives et critiques ont été avancées.
- Théorie de la dopamine : on peut aussi expliquer le lien entre récompense et motivation à travers les mécanismes neurochimiques de la dopamine.
- Distraction vs. autonomie : l’effet des récompenses ne s’explique pas nécessairement par une atteinte à l’autonomie ; il peut aussi venir du fait qu’elles détournent l’attention.
- Désir mimétique (Mimetic desire) : le fait d’imiter les désirs des personnes qui nous entourent peut aussi influencer la formation de la motivation intrinsèque.
- Critique d’un biais occidental : certains reprochent à cette approche d’accorder une place excessive à l’autonomie, dans une perspective centrée sur les cultures occidentales ; les théoriciens de la SDT répliquent toutefois que l’autonomie et l’indépendance sont deux choses différentes, et que l’appartenance relationnelle est elle aussi un élément essentiel.
Conclusion finale et conseils
La motivation intrinsèque est un élément clé de la qualité de vie. Pourtant, nous nuisons souvent à notre propre motivation intrinsèque comme à celle des autres. À la lumière des recherches, il est important de satisfaire les besoins d’autonomie, de compétence et d’appartenance relationnelle ; en particulier, lorsque les parents ou les enseignants exercent une pression excessive sur les enfants, cela finit au contraire par affaiblir leur motivation intrinsèque.
Enfin, l’auteur adresse ce conseil aux parents.
« Si vous voulez que vos enfants prennent plaisir à étudier, cessez d’intervenir sans cesse et respectez leur autonomie. »
2 commentaires
Quand les récompenses portent atteinte à l’autonomie d’une personne, elles nuisent à la motivation intrinsèque: cette idée me parle.S’il y a une façon de faire qu’on a vraiment envie de suivre, mais qu’on doit absolument s’y prendre d’une manière qu’on n’a pas envie d’utiliser pour obtenir une récompense, alors, que ce soit cette récompense ou n’importe quoi d’autre, on n’aura pas spontanément envie de le faire avec plaisir.