9 points par GN⁺ 2025-11-17 | 2 commentaires | Partager sur WhatsApp
  • Autour du concept d’agentivité sélective, l’article montre que l’on agit de façon proactive seulement dans certains domaines de la vie, tout en restant à l’arrêt dans d’autres
  • À travers son expérience de cyberharcèlement criminel, l’autrice raconte comment elle a pris conscience qu’elle repoussait la résolution du problème, et comment l’intervention de son mari a permis de débloquer la situation
  • À partir de ce cas, elle souligne la tendance à rester figé dans un état de faible autonomie à un moment donné, puis à continuer à traiter les problèmes de la même manière par la suite
  • Parmi les trois domaines que sont le travail, les relations et le rapport à soi, il existe souvent au moins un espace où l’on « ne fait pas vraiment d’efforts », et où le sentiment de faire des efforts peut différer des tentatives réelles
  • Plutôt qu’une dépense continue de volonté, le véritable essai repose sur l’usage créatif des ressources et l’auto-évaluation, et chacun doit identifier le domaine où il est à l’arrêt pour recommencer à essayer

L’affaire de cyberharcèlement et le sentiment d’impuissance

  • Il y a cinq ans, alors qu’elle suivait une rééducation, l’autrice a été harcelée de manière obsessionnelle par un cyberharceleur indien
    • Le harceleur interprétait ses tweets comme des messages codés et croyait entretenir une relation personnelle avec elle
    • Même après avoir bloqué les contacts, il revenait avec de nouveaux comptes et numéros, multipliant menaces et avances
  • Pendant des années, elle a renoncé à réagir et a laissé la situation se prolonger, mais la peur a culminé lorsque le harceleur a envoyé des photos de son passeport et de sa demande de visa et a utilisé son numéro pour mener une arnaque à l’enlèvement
  • Son mari a collaboré avec le FBI, le consulat américain et la police locale en Inde pour résoudre le problème, et le harceleur n’a plus pu entrer aux États-Unis
  • L’autrice réfléchit alors aux raisons pour lesquelles elle n’avait pas agi elle-même, alors même qu’elle aurait pu imaginer la même stratégie

Agentivité sélective (Selective Agency)

  • On ne peut pas simplement classer les gens entre forte et faible agentivité de façon générale : ils sont sélectivement proactifs selon les situations
  • Si l’on divise la vie en trois domaines — le travail, les relations aux autres et la relation à soi — la plupart des gens montrent un arrêt de maturation dans au moins l’un d’eux
  • Par exemple, on peut être innovant professionnellement tout en restant immature sur le plan de la croissance émotionnelle ou des relations
  • Le phénomène s’explique par le fait de rester fixé dans l’état de faibles ressources dans lequel on a rencontré le problème pour la première fois, sans réussir à appliquer les capacités développées ensuite

La différence entre le « sentiment d’effort » et la tentative réelle

  • Lorsqu’on repense à un problème auquel on a déjà échoué, on reste souvent bloqué dans l’idée que « j’ai essayé, mais ça n’a pas marché », ce qui interrompt toute nouvelle approche
  • Exemple : une personne qui n’a pas réussi à traiter son anxiété à 20 ans continue, même dans la trentaine, à la considérer comme un trait immuable
  • Pourtant, dans le travail, après un échec, on tente différentes méthodes, alors que l’on n’applique pas la même curiosité d’exploration à ses propres problèmes
  • On ignore la possibilité d’utiliser des ressources variées — alimentation, sommeil, médicaments, coaching, nouvelles thérapies — et l’on confond le simple fait de tenir par la volonté avec le fait de « faire des efforts »
  • L’autrice l’affirme explicitement : « le sentiment de faire des efforts ne signifie pas que l’on essaie réellement »

Alexander Technique et distorsion sensorielle

  • L’article cite le concept de la Alexander Technique, “faulty sensory appreciation” (distorsion sensorielle)
    • Une tension habituelle déforme les sensations corporelles, au point qu’une mauvaise posture paraît correcte
    • À l’inverse, une posture réellement confortable peut sembler étrange
  • De manière comparable, dans les relations ou dans le rapport à soi, on prend souvent un état de tension volontaire pour quelque chose de normal
  • Une dépense continue de volonté peut être le signe d’une vie mal conçue, et une vraie tentative devrait aller dans une direction plus efficace et plus naturelle

Nécessité de l’auto-évaluation et de réessayer

  • Chacun doit identifier le domaine dans lequel il est resté figé dans le temps
    • Il faut repérer le plus grand problème parmi le travail, les relations et le soin de soi, tout en gardant à l’esprit qu’il peut se dissimuler derrière une simple tristesse ou de la colère
  • L’article propose de se poser les questions suivantes
    • « Ai-je essayé toutes les solutions possibles en mobilisant toutes les ressources à ma disposition ? »
    • « Est-ce que je fais vraiment pour moi-même tout ce que je ferais pour un ami confronté au même problème ? »
    • « Est-ce que je suis vraiment en train de faire de vrais efforts ? »
  • Le texte se conclut en proposant un point de départ pour sortir de l’illusion de l’effort et reconstruire son sentiment d’efficacité personnelle

2 commentaires

 
nobae 2025-11-20

Bosseur intelligent, travailleur intelligent, bosseur lent, travailleur lent
Je suis lequel ?

 
GN⁺ 2025-11-17
Avis Hacker News
  • Quand on conseille ou aide quelqu’un, on a toujours l’impression que son problème a l’air bien plus simple que le nôtre
    Passer un simple coup de fil pour moi-même peut être difficile, mais pour un proche ou un ami, je le ferai volontiers
    Il y a probablement une raison psychologique pour laquelle on gagne en confiance et on ressent moins d’anxiété quand on agit pour les autres

    • On entend des choses similaires dans la communauté TDAH. Nettoyer la maison d’un ami est amusant et nouveau, alors que nettoyer la mienne devient une épreuve mentalement douloureuse
      J’imagine que c’est parce qu’en voyant les problèmes des autres, on peut se défaire de l’« impuissance acquise »
    • J’ai aussi remarqué ce phénomène en en parlant avec mon psychiatre. Il appelait ce moi courageux et sûr de lui « me-mentor »
      L’essentiel, disait-il, est de développer cette part de soi pour qu’elle soutienne les parties anxieuses
    • Quand on regarde le problème de quelqu’un d’autre, on ne voit que le problème, alors qu’en réalité il existe tout un contexte complexe fait d’habitudes, de croyances et d’impulsions
      C’est pour cela que c’est difficile à résoudre de son point de vue. Nous sommes mauvais en introspection, donc nous le voyons mal
    • À l’inverse, quand on conseille les autres, on est moins soumis à l’aversion à la perte, donc on recommande plus facilement des choix risqués
      Parce que la perte ne nous touche pas directement
    • Au fond, le cœur du sujet, c’est la vulnérabilité. Si je demande quelque chose pour moi-même, un refus ressemble à une blessure personnelle, alors que c’est moins lourd quand on le fait pour quelqu’un d’autre
  • Je doute de l’importance qu’on accorde à l’agency (autonomie d’action)
    Quand la vie allait bien, je pensais être aux commandes, mais face à des situations impossibles à contrôler, j’ai compris que la chance et l’environnement pesaient bien davantage
    Ce n’est pas parce qu’on manque de marge mentale qu’on « ne fait pas d’efforts »
    On comprend les limites physiques, mais l’attente sociale qui transforme les limites mentales en responsabilité individuelle me paraît étrange

    • Mais si on attribue tout à la chance, on tombe dans le piège de l’impuissance
      En mentorat, j’ai souvent vu des situations se débloquer avec une simple question du genre : « Vous lui en avez parlé directement ? »
      Souvent, la situation est en réalité contrôlable, mais la personne la ressent comme impossible
    • Le texte original reconnaît aussi que lorsqu’on n’a plus de réserve émotionnelle, il peut être difficile ne serait-ce que d’essayer
      Mais il dit que le vrai problème est de rester coincé dans cet ancien mode de pensée impuissant même quand, avec le temps, on retrouve des ressources pour agir
    • Parfois, même un parcours douloureux peut être accueilli avec la gratitude ou la foi, et cela aussi peut être une forme d’attitude volontaire
  • C’est une idée que les philosophes explorent depuis longtemps, en particulier proche de la « mauvaise foi » de Sartre (bad faith)
    C’est le fait de croire inconsciemment qu’on n’a « pas le choix », pour éviter l’anxiété, la culpabilité ou le poids de la responsabilité

    • Quand je me suis blessé à la jambe et que je vivais avec des béquilles, j’ai réalisé qu’il y avait beaucoup d’actions auxquelles j’avais inconsciemment renoncé
      Même se préparer un café me demandait trop d’effort, et j’ai ensuite vu le même schéma chez mon père
    • De la même façon qu’on ignore la plupart des stimuli extérieurs, nous ne percevons que ce que nous pouvons supporter
      Parfois, il suffit que la perception du « je n’essaie pas » change pour que l’action redevienne possible
    • J’ai l’impression que cette « mauvaise foi » a été instrumentalisée comme outil de contrôle social. La psychologie de masse indifférente aux États-Unis en est un exemple
    • Ignorer la majorité des signaux est adaptatif, mais ignorer les signaux importants peut mener à de gros problèmes
      Reconnaître à quel moment cela devient nocif est l’un des grands enjeux de la vie
    • L’être humain est passé maître dans l’auto-illusion. Quelqu’un avec qui j’ai travaillé autrefois utilisait ses problèmes de santé pour justifier toutes ses actions
      Au final, cette habitude a aggravé sa maladie, et un médecin l’a averti qu’il pourrait en mourir
  • Moi aussi, il m’arrive souvent de ne rien faire à cause de l’obsession de vouloir tout faire parfaitement
    Par exemple, vouloir refaire ma garde-robe d’hiver me fatigue avant même d’avoir commencé, à force de recherches
    Mais dans l’art, j’ai appris que pour produire de bonnes œuvres, il faut d’abord en produire beaucoup de mauvaises
    La vie sociale aussi demande de la pratique. Simplement, le shopping coûte cher, donc l’erreur fait peur

    • Si on a assez d’argent, faire appel à un expert est efficace
      Employer un styliste ou un tuteur permet de réduire les tâtonnements et de progresser plus vite
    • Les problèmes complexes deviennent beaucoup plus gérables si on les transforme en structure itérable (iteration)
      J’ai moi-même dû racheter tous mes vêtements après être resté alité à cause d’une maladie, mais j’ai d’abord commencé par vendre les anciens pour alléger la charge
      En accumulant ainsi de petites réussites, j’ai pu retrouver un sentiment de contrôle
    • Pour les vêtements, mieux vaut acheter à bas prix et expérimenter. Si un vêtement ne plaît pas, il ne faut pas le jeter, il suffit de le donner à quelqu’un d’autre
      Friperies, location, échange, garde-robe centrée sur les basiques : tout cela réduit le risque
    • Tout comme les appareils photo numériques ont permis de progresser en photo, il est important d’avoir un environnement où l’on peut beaucoup échouer
      Si quelqu’un a une méthode pour mieux gérer ce problème avec le shopping, je suis preneur
    • Mais pour tout le monde, la socialisation n’est pas un entraînement agréable. Pour certains, c’est une pression énorme
  • La formulation « Est-ce que tu fais vraiment des efforts ? » est contre-productive
    Il est possible qu’on ait déjà beaucoup essayé et qu’on soit simplement épuisé par des échecs répétés
    L’important est de laisser ouverte la possibilité de « réessayer plus tard »
    Les situations changent, et de nouvelles ressources ou de nouveaux éclairages peuvent apparaître

    • Au bout du compte, c’est le courage d’accepter de l’aide qui devient le point de bascule
      Les humains sont plus forts ensemble que seuls
    • Cela me rappelle cette phrase de Jean-Luc Picard : « On peut échouer sans avoir commis d’erreur. C’est ça, la vie »
    • Mais parfois, il faut aussi avoir le courage de s’arrêter. On peut gaspiller sa vie à essayer sans fin
    • Mon thérapeute appelle cela « toucher un poêle brûlant »
      Après des échecs répétés, le cerveau essaie de se protéger. Dans ces moments-là, un regard extérieur ou du repos devient nécessaire
    • Il est intéressant que l’autrice ait hésité à demander de l’aide à des organismes publics. J’aimerais en savoir plus sur ce contexte
  • La phrase « on reste attaché au niveau de ressources qu’on avait au moment du premier échec » m’a marqué

    • Cela m’a rappelé une citation d’Einstein — « On ne peut pas résoudre un problème avec le mode de pensée qui l’a créé »
  • Au fond, ce texte ressemble à une longue reformulation de « essaie plus intelligemment »
    Il faut accepter qu’on ne peut pas résoudre tous les problèmes en même temps, et il est important de reporter consciemment certaines priorités
    Je les gère en les mettant sur une sorte de « liste de choses à faire sans échéance », pour pouvoir y revenir plus tard
    J’ai aussi l’impression que certaines personnes ne considèrent tout simplement pas les relations amoureuses comme importantes, mais se fabriquent des excuses pour sauver les apparences socialement

  • C’est un cas typique d’impuissance acquise (Learned helplessness)
    Lien Wikipédia

    • Dans les expériences des années 1960, le fait que des chiens incapables d’éviter les décharges, malgré tous leurs efforts, aient fini par abandonner passivement m’a paru cruel
  • J’ai l’impression que l’autrice se juge avec une sévérité excessive
    Elle disait que l’idée de son mari était simple, mais ses amis non plus n’y avaient pas pensé
    Il est possible que l’action du mari ait seulement paru évidente après coup
    L’idée que les organismes étrangers sont trop difficiles à aborder semble déjà avoir fait partie de cette impuissance

    • Cela dit, l’autrice est depuis longtemps réputée narratrice peu fiable, donc mieux vaut se concentrer sur le concept que sur les détails
    • En lisant, je ne me suis pas non plus dit spontanément « contacter le FBI ». La plupart des gens n’y penseraient probablement pas
  • Parfois, il faut risquer les ressources qu’il nous reste pour réaliser que nos capacités ont progressé
    Mais si ce jugement est erroné, cela peut provoquer une perte réelle importante
    C’est pourquoi je pense qu’il est dangereux de suivre les conseils de l’autrice sans esprit critique