3 points par GN⁺ 2025-12-29 | Aucun commentaire pour le moment. | Partager sur WhatsApp
  • Selon les données du FMI, la part des actifs libellés en dollars dans les réserves de change mondiales est tombée à 56,9 %, son plus bas niveau depuis 1994
  • Les banques centrales ont légèrement augmenté leurs actifs libellés en dollars, notamment en bons du Trésor américain, mais ont davantage accru leurs avoirs dans d’autres devises, poursuivant ainsi une diversification hors dollar
  • En particulier, la part cumulée des « devises de réserve non traditionnelles (non-traditional reserve currencies) » a fortement augmenté, grignotant les parts du dollar et du yuan
  • Malgré ce recul, le dollar conserve son statut de première monnaie de réserve mondiale, mais il existe un risque de hausse du coût de financement des déficits jumeaux des États-Unis (commerce et budget)
  • L’évolution de la structure des devises détenues par les banques centrales est considérée comme un indicateur d’une recomposition progressive de l’ordre financier mondial

Situation actuelle du recul de la part du dollar

  • Selon les statistiques officielles du FMI sur les réserves de change, la part du dollar au 3e trimestre 2025 s’établit à 56,9 %, après 57,1 % au 2e trimestre et 58,5 % au 1er trimestre, prolongeant son recul
    • Il s’agit du niveau le plus bas depuis 1994, dans une tendance baissière de long terme depuis le pic de 85,5 % atteint en 1977
  • Les réserves de change libellées en dollars comprennent les bons du Trésor américain, les MBS, les obligations d’agences et les obligations d’entreprises, à l’exclusion des actifs détenus par les banques centrales dans leur propre monnaie
  • Les banques centrales n’ont pas vendu leurs actifs en dollars : le volume des actifs en dollars a légèrement augmenté à 7,4 billions de dollars, mais la hausse des actifs en autres devises a été plus forte

Contexte structurel du recul de la part du dollar

  • Au cours des dix dernières années, le volume total des actifs en dollars détenus par les banques centrales est resté quasiment inchangé, tandis que les actifs en autres devises ont fortement progressé, réduisant mécaniquement la part relative du dollar
  • La part cumulée des devises de réserve non traditionnelles a atteint 5,6 %, se rapprochant du yen (5,8 %)
  • La part du yuan est en baisse depuis le 1er trimestre 2022, revenant à son niveau de 2019
  • Au final, le dollar et le yuan perdent tous deux des parts, remplacés par un ensemble de devises de plus petite taille

Montants détenus par grande monnaie de réserve

  • Au 3e trimestre 2025, le total des réserves de change mondiales s’élève à 13 billions de dollars
    • Actifs en dollars : 7,41 billions de dollars
    • Actifs en euros : 2,65 billions de dollars
    • Actifs en yens : 0,76 billion de dollars
    • Actifs en livres sterling : 0,58 billion de dollars
    • Dollars canadiens : 0,35 billion de dollars
    • Dollars australiens : 0,27 billion de dollars
    • Yuans : 0,25 billion de dollars
  • La part de l’euro, autour de 20 %, reste stable depuis 2015 ; avant la crise de la dette européenne, elle approchait 25 %
  • La part cumulée des autres devises progresse régulièrement, principal moteur du recul de la part du dollar

L’essor des devises de réserve non traditionnelles

  • Le FMI classe parmi les devises de réserve non traditionnelles le dollar australien, le dollar canadien, le won sud-coréen, le dollar de Singapour, ainsi que les devises nordiques
  • Leur part cumulée atteint 5,6 %, un niveau comparable à celui du yuan
  • Le FMI ne publie pas la part de chaque devise individuellement, mais précise que cette catégorie inclut les devises de pays de l’OCDE hors zone euro et de pays émergents
    • Exemples : République tchèque, Danemark, Norvège, Pologne, Suède, Mexique, Chili, Corée du Sud, Nouvelle-Zélande, etc.
  • Certains pays détiennent des devises spécifiques en raison de leurs relations commerciales ou d’un ancrage de change (peg)
    • Exemples : la Namibie détient des rands sud-africains ; le Kazakhstan et le Kirghizistan détiennent des roubles russes

Le statut du dollar comme monnaie de réserve et son impact sur l’économie américaine

  • Lorsque les banques centrales étrangères achètent des actifs en dollars comme les bons du Trésor américain, cela fait monter le prix de ces actifs et baisser leurs rendements (réduction du coût d’emprunt)
  • La position dominante du dollar facilite le financement du déficit commercial et du déficit budgétaire des États-Unis
  • Mais une baisse de la demande de dollars pourrait, à long terme, augmenter le coût d’emprunt des États-Unis et rendre plus difficile le maintien des déficits jumeaux
  • En 1990-1991 déjà, la part du dollar était tombée sous les 50 %, mais elle s’était redressée après le contrôle de l’inflation
  • Le recul actuel est analysé comme un changement structurel vers une diversification accrue entre plusieurs devises

Distinction entre l’or et les réserves de change

  • L’or n’est pas une monnaie mais un « actif de réserve (reserve asset) », et n’est donc pas inclus dans les statistiques des réserves de change
  • Les réserves de change des banques centrales ne comprennent que les actifs en devises, l’or étant géré dans une catégorie distincte
  • Les réserves d’or s’élèvent à environ 35 000 tonnes, soit un niveau proche de celui d’il y a dix ans ; le principal détenteur est le Trésor américain (environ 8 000 tonnes)
  • L’or n’influe pas sur le calcul de la part des réserves de change et n’est pas directement lié au recul de la part du dollar

Conclusion

  • Le recul de la part du dollar résulte davantage de la diversification que de ventes, les banques centrales augmentant leurs avoirs dans diverses devises
  • L’essor des devises non traditionnelles signale une transformation progressive de l’architecture financière mondiale
  • Le dollar reste la première monnaie de réserve mondiale, mais la poursuite de son recul pourrait peser sur la structure budgétaire et commerciale des États-Unis
  • À l’avenir, le maintien ou non du seuil des 50 % pour le dollar sera surveillé comme un point de bascule important du système monétaire international

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