Depuis 1991, il existe un concours organisé chaque année appelé le Loebner Prize. Il remonte à une époque antérieure à l’apparition du mot « chatbot » (à l’époque, on parlait de chatterbot) et mettait en compétition des programmes pour voir lequel ressemblait le plus à un humain — on peut donc dire qu’il s’agissait d’un test de Turing au sens direct du terme. Mais comme certains le savent déjà, le test de Turing lui-même est controversé (ce qui n’a rien d’étonnant, puisque Turing l’avait conçu comme une tentative de définir cette notion ambiguë qu’est l’« intelligence »), et de plus, de nombreux experts ont fait remarquer que ce prix en lui-même relevait surtout d’une immense opération de relations publiques sans grande valeur. Marvin Minsky est même allé jusqu’à promettre une récompense à quiconque parviendrait à faire arrêter cette compétition...
Comme excellent exemple de la véritable nature du Loebner Prize, Jason Hutchens, lauréat en 1996, a lui-même expliqué sans ménagement que son chatbot HeX reposait en réalité sur une structure relativement simple : il se faisait passer pour un Australien et se contentait surtout de provoquer émotionnellement son interlocuteur. L’idée était de réduire au minimum tout ce qui pouvait le faire paraître mécanique (par exemple, il était conçu pour ne jamais produire de réponse en double), tout en évitant de laisser la moindre ouverture permettant de tester son intelligence, en misant à la place sur la description des émotions. À la lecture du texte, Hutchens ne semble pas le voir ainsi, mais pour ma part je pense que le seuil retenu pour juger de l’intelligence est fixé bien trop haut, et qu’on peut considérer que HeX possédait une intelligence suffisante pour tromper un humain. Quoi qu’il en soit, même aujourd’hui, alors que la barre a fortement monté pour les chatbots, cela reste une anecdote fascinante ; si vous créez ou utilisez des chatbots, cela mérite d’être lu au moins une fois.
Aucun commentaire pour le moment.