- Dans les salles de contrôle industrielles et à l’intérieur des usines des années 1940, les teintes de la famille Seafoam Green étaient largement utilisées pour réduire la fatigue visuelle et procurer une sensation de stabilité
- Ce système chromatique provient du code de couleurs industrielles proposé par le théoricien des couleurs Faber Birren, puis développé avec DuPont en standard destiné à améliorer la sécurité et l’efficacité industrielles
- Birren estimait que la couleur influençait l’efficacité visuelle, le taux d’accidents et la motivation au travail, et définissait le vert comme une couleur stable adaptée aux intérieurs d’usine
- Ce code couleur a aussi été appliqué dans des installations du projet Manhattan, comme la salle de contrôle du réacteur B du site de Hanford, et reste un exemple emblématique de conception fonctionnelle par la couleur
- Ce système s’est ensuite diffusé à l’ensemble du design industriel et de l’architecture, posant les bases de la conception chromatique moderne centrée sur la stabilité visuelle et l’harmonie esthétique
Le projet Manhattan et l’origine de la couleur industrielle
- Lors d’une visite en 2017 sur le site du projet Manhattan à Oak Ridge, la couleur Seafoam Green peinte sur les murs et panneaux de la salle de contrôle du réacteur graphite X-10 a particulièrement retenu l’attention
- Cette teinte, couramment utilisée dans les salles de contrôle industrielles et les usines des années 1940, visait à réduire la fatigue visuelle et à instaurer un sentiment de calme
- En retraçant son origine, on aboutit aux recherches du théoricien des couleurs Faber Birren et à son système de code de couleurs industrielles
Faber Birren et le développement de la théorie des couleurs industrielles
- Faber Birren entre à l’Art Institute of Chicago en 1919, mais comme il n’existe pas de spécialisation en couleur, il abandonne ses études et commence ses propres recherches sur la couleur en interrogeant psychologues et physiciens
- Il adopte même des approches peu conventionnelles, comme peindre sa chambre en vermillon rouge pour expérimenter les effets psychologiques de la couleur
- Après son installation à New York en 1933, il propose des services de conseil en couleur aux entreprises et démontre que l’usage approprié de la couleur peut contribuer à améliorer les ventes et la productivité
- Il augmente les ventes d’un grossiste en viande de Chicago en appliquant une expérience montrant qu’un fond bleuté rend le rouge de la viande plus vif
- Il collabore ensuite avec de grands groupes industriels comme DuPont pour introduire la théorie des couleurs dans l’environnement industriel
La naissance du code de couleurs industrielles
- Pendant la Seconde Guerre mondiale, avec l’expansion de la production américaine de guerre, Birren et DuPont développent un code de sécurité par la couleur visant à améliorer la sécurité et l’efficacité industrielles
- Il reçoit l’approbation du National Safety Council en 1944, puis est adopté comme standard international à partir de 1948
- Les principales règles chromatiques sont les suivantes
- Fire Red : équipement anti-incendie, boutons d’arrêt d’urgence, matières inflammables
- Solar Yellow : avertissement de dangers physiques comme les chutes
- Alert Orange : zones dangereuses des machines
- Safety Green : équipements de secours, sorties de secours, postes de rinçage oculaire et autres éléments de sécurité
- Caution Blue : information générale et signalement des pannes
- Light Green : utilisé sur les murs pour réduire la fatigue visuelle
Exemple d’application au site de Hanford
- Le même système chromatique est également appliqué dans la salle de contrôle du réacteur B du site de Hanford, autre installation du projet Manhattan
- DuPont en assure la conception et la construction, avec une reprise directe du code couleur de Birren
- Dans son ouvrage Color for Interiors: Historical and Modern (1963), Birren traite de l’influence de la couleur sur l’efficacité visuelle, le taux d’accidents et la motivation au travail dans les environnements industriels
- Il y affirme que « le but principal de la couleur est de contrôler la luminosité du champ visuel afin de créer des conditions de vision efficaces », en soulignant que la couleur ne doit pas être décorative mais fonctionnelle
- Les couleurs à l’intérieur des usines sont généralement conçues dans des tons doux et moyens afin de minimiser les distractions
- Il écrit que « le vert est une couleur stable adaptée à l’intérieur des usines, et qu’une combinaison de vert clair et de vert moyen est recommandée »
Les directives de Birren et leur mise en œuvre concrète
- Birren propose la répartition suivante des couleurs dans les petits espaces industriels
- Vert moyen : partie basse des murs (
dado)
- Gris moyen : machines, équipements, étagères
- Fire Red : réservé aux équipements anti-incendie
- Beige : intérieurs manquant de lumière naturelle
- Sols de couleur claire
- Les photos de la salle de contrôle du réacteur B de Hanford montrent un exemple de mise en œuvre fidèle de ces directives
Extension au design industriel
- En dehors des États-Unis, l’Allemagne développe aussi pour ses ponts une couleur de la famille Seafoam Green appelée Cologne Bridge Green
- Elle est conçue pour apporter stabilité visuelle et harmonie esthétique aux structures industrielles
- À la fin de l’article, la police « Parts List » est également présentée
- Créée à partir d’anciens catalogues de pièces automobiles, cette typographie adopte une forme irrégulière à mi-chemin entre la machine à écrire et l’écriture manuscrite
- Son design évoque l’atmosphère d’une salle d’attente de garage automobile, et elle est vendue sur un site web personnel
Références et post-scriptum
- Les ressources suivantes sont citées
- Enfin, l’article évoque le père d’une connaissance qui travaille encore à l’usine d’uranium d’Oak Ridge, laissant entendre que l’installation n’a peut-être pas été entièrement démantelée
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