L’administration américaine impose des droits de douane de 34 % à la Chine et annonce 20 % pour l’UE
(bbc.com)- Juste après l’annonce des nouveaux droits de douane de Trump, les principaux indices américains ont enregistré leur plus forte baisse quotidienne depuis la pandémie, et les craintes d’une guerre commerciale mondiale se sont propagées à l’ensemble des marchés financiers
- À partir du 5 avril, les États-Unis appliqueront un droit de douane minimum de 10 % sur les importations du monde entier, avec des taux plus élevés par pays pour la Chine, le Vietnam, la Thaïlande, le Bangladesh, l’Inde, le Lesotho, entre autres
- La formule de calcul de la Maison Blanche ne compare pas les droits de douane existants : elle divise le déficit commercial américain de biens par le montant des importations, puis réduit le résultat de moitié, ce qui diffère de l’expression « droits de douane réciproques »
- Le Canada a annoncé des droits de douane de représailles de 25 % sur certains véhicules américains, le Royaume-Uni a publié une liste de produits susceptibles d’être visés, et l’UE, la Chine, le Brésil, l’Australie et d’autres ont également fait part de leurs réactions ou inquiétudes
- L’OMC a abaissé sa prévision pour le commerce mondial, d’une croissance de 3 % à une baisse de 1 % ; aux États-Unis, la hausse des prix, l’augmentation des coûts de chaîne d’approvisionnement, ainsi que le temps et les investissements nécessaires aux relocalisations industrielles restent des contraintes concrètes
Le choc subi par les marchés américains
- Les marchés financiers américains ont enregistré leur plus lourde perte quotidienne depuis la pandémie de 2020
- Le Dow Jones a reculé de 3,9 %
- Le Nasdaq a chuté de près de 6 %
- Le S&P 500 a perdu 5 %, sa plus forte baisse depuis mars 2020
- La publication de droits de douane plus importants que prévu a fait craindre aux investisseurs à la fois une guerre commerciale mondiale et une possible récession aux États-Unis
- Les actions de multinationales ont aussi fortement vacillé
- Nike a reculé de 13 %
- Apple a reculé de 10 %
- Nvidia a reculé de 7 %
- Tesla a reculé de 5 %
- Trump a déclaré à propos de la réaction des marchés que « le marché va connaître un boom » et que « les actions comme le pays vont connaître un boom »
- La Maison Blanche a envoyé à Wall Street le message suivant : « faites confiance au President Trump »
Taux de droits de douane et méthode de calcul
- Trump impose à partir du 5 avril un droit de douane minimum de 10 % sur les importations du monde entier
- Certains pays se voient appliquer des taux plus élevés
- Chine : 54 % selon le texte de référence
- Vietnam : 46 %
- Thaïlande : 36 %
- Bangladesh : 37 %
- Inde : jusqu’à 27 % à partir du 9 avril
- Taïwan : 32 %
- Lesotho : 50 %
- Le tableau des droits de douane de Trump comportait deux colonnes et, pour la plupart des pays, la valeur de la première était environ le double de celle de la seconde
- La première colonne indiquait les droits de douane que le pays était censé imposer aux États-Unis
- La seconde colonne indiquait les droits de douane que les États-Unis entendaient imposer à ce pays
- La formule officielle de la Maison Blanche ne consistait pas à additionner directement les droits existants et les barrières commerciales telles que les réglementations ou les autorisations
- Le calcul réel consiste à diviser le déficit commercial de biens des États-Unis vis-à-vis d’un pays par la valeur totale des biens que les États-Unis importent depuis ce pays
- Dans le cas de la Chine, le déficit américain de biens est de 295 milliards de dollars
- Le montant total des biens importés par les États-Unis depuis la Chine est de 440 milliards de dollars
- Le ratio entre ces deux chiffres est de 67 %
- En le divisant par 2, on obtient le droit de douane de 34 % que les États-Unis veulent imposer à la Chine
Réactions des gouvernements
- Le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré qu’il répliquerait par des droits de douane de 25 % sur certains véhicules importés des États-Unis
- Il a déclaré que la relation étroite avec les États-Unis était « désormais terminée »
- La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a déclaré qu’elle n’imposerait pas aux États-Unis des droits de douane du même type
- Le Mexique a été largement épargné dans la nouvelle annonce tarifaire de la Maison Blanche
- Le Royaume-Uni a publié une liste de 417 pages de produits américains susceptibles d’être visés par de futurs droits de douane de représailles
- Le Premier ministre Keir Starmer a déclaré que le gouvernement adoptait une « approche calme » et « agissait dans l’intérêt national »
- La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a déclaré que les conséquences des droits de douane seraient « graves » pour des millions de personnes dans le monde
- Le ministre polonais des Affaires étrangères Radek Sikorski a déclaré que la réponse de l’UE serait « prudente, professionnelle et intelligente »
- Le Premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré que les droits de douane pourraient coûter plus de 2,6 milliards de dollars à la Pologne
- Le gouvernement chinois a promis des « mesures de riposte fermes », et les entreprises américaines voulant vendre sur le marché chinois pourraient aussi en pâtir
- Le Premier ministre australien Anthony Albanese a déclaré que ces droits de douane n’étaient pas « le comportement d’un ami » et qu’ils étaient « injustifiés »
- La présidence sud-africaine a déclaré que ces droits de douane confirmaient l’urgence de négocier avec Washington un nouvel accord commercial bilatéral mutuellement avantageux
- Le ministère brésilien des Affaires étrangères évalue toutes les actions possibles pour garantir la réciprocité dans le commerce bilatéral, selon Reuters
- La Première ministre italienne Giorgia Meloni a déclaré que la décision de Trump d’imposer des droits de douane généralisés était « mauvaise », tout en ajoutant que ce n’était « pas une catastrophe »
- Elle a déclaré ne pas être convaincue que répondre aux droits de douane par des droits de douane soit la meilleure solution
Impact sur les entreprises et les travailleurs
- Rocco Mangiaracina, qui dirige une entreprise familiale d’huile d’olive à Campobello di Mazara, en Sicile, produit environ 20 000 bouteilles par an
- Il a commencé cette année à exporter vers les États-Unis pour la première fois, et a envoyé ses 900 premières bouteilles sur le marché américain une semaine plus tôt
- Il prévoyait d’autres exportations, mais on lui a conseillé d’attendre de voir comment la situation évoluerait
- L’importateur américain hésite à passer de nouvelles commandes, à augmenter les volumes et à élargir la gamme de produits, en raison de coûts plus élevés et d’une possible hausse du prix final pour les consommateurs
- L’annonce d’un arrêt temporaire de l’usine Stellantis de Windsor, au Canada, a accru l’inquiétude des travailleurs locaux
- L’usine Stellantis est le plus grand employeur de Windsor
- Derek Gungle, ouvrier d’assemblage automobile, a déclaré que le shutdown était attendu mais « effrayant »
- Il a dit ne pas savoir quoi faire si le shutdown devenait permanent ou s’il était licencié
- Les travailleurs de l’usine Ford de Windsor s’inquiètent aussi d’une possible fermeture de l’usine
- Christina travaille chez Ford depuis 25 ans et a quatre enfants
- Kathryn est liée à Ford par sa famille depuis cinq générations, et s’inquiète pour les emplois de ses fils ainsi que pour l’impact sur sa propre retraite
- Kathryn a déclaré qu’en cas d’événement majeur, 40 % de sa pension pourraient disparaître
- Certains consommateurs canadiens évitent les produits américains
- Benedykta Mazur, à Toronto, essaie d’acheter autant que possible des produits canadiens depuis que Trump a lancé une guerre commerciale avec le Canada
- Elle a déclaré pouvoir acheter des produits du Mexique ou du Chili, mais pas des produits cultivés ou fabriqués aux États-Unis
L’OMC et les perspectives du commerce mondial
- L’OMC a abaissé ses prévisions pour le commerce mondial, d’une croissance de 3 % à une baisse de 1 %, en raison des droits de douane mondiaux de Trump
- Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC, estime que ces droits de douane auront un impact considérable sur les perspectives du commerce mondial et de la croissance économique
- Les mesures de représailles déjà engagées et le risque de propagation renforcent également les inquiétudes de l’OMC
- Certains droits de douane de Trump font déjà l’objet de contestations à l’OMC
- L’OMC fait face au plus grand défi pour le système commercial mondial depuis qu’elle a commencé à élaborer et appliquer les règles commerciales il y a 30 ans
- Si elle ne trouve pas le moyen d’aider à résoudre les différends entre ses membres, en particulier avec les États-Unis, l’OMC risque d’être marginalisée
- Sous l’administration Trump, les États-Unis participent partiellement à l’OMC, mais sans engagement complet
- Les États-Unis estiment que le système de l’OMC ne les traite pas équitablement et que la Chine bénéficie d’un traitement préférentiel dans le commerce mondial
- Les États-Unis jugent que les décisions de l’OMC ont outrepassé ses pouvoirs et leur ont été défavorables
- Lors du premier mandat de Trump, les droits de douane sur l’acier et l’aluminium ont été jugés contraires aux règles de l’OMC, mais l’administration Biden les a également ignorés en invoquant la clause de sécurité nationale
- Comme le même raisonnement de sécurité nationale est utilisé cette fois encore, une réponse similaire est attendue
- L’administration Trump a récemment gelé environ 25 millions de dollars de financement destiné à l’OMC, ce qui limite ses activités
- Joseph Barloon, désigné par Trump comme nouvel ambassadeur américain auprès de l’OMC à Genève, attend l’approbation du Congrès
Hausse des prix aux États-Unis et limites de la relocalisation industrielle
- L’effet le plus immédiat des nouvelles taxes à l’importation se traduira pour les Américains par une hausse des prix
- Les droits de douane sont d’abord supportés par les entreprises qui importent des produits étrangers via plus de 300 points de passage frontaliers, ports et aéroports
- Les coûts supplémentaires compriment les marges de la chaîne d’approvisionnement, et au moins une partie est répercutée sur les consommateurs américains
- Si la demande des consommateurs américains ralentit, les entreprises d’autres pays qui fournissaient des biens aux États-Unis pourraient supprimer des emplois si elles ne trouvent pas d’autres débouchés
- Trump affirme qu’il n’y aura pas de droits de douane si les entreprises construisent des usines ou fabriquent leurs produits aux États-Unis
- Il a déclaré qu’il y aurait une « période de transition » et que les entreprises viendraient construire aux États-Unis plutôt que de payer des droits de douane ailleurs
- Il a dit avoir parlé à deux des cinq grands constructeurs automobiles, qui auraient commencé à déplacer vers les États-Unis la production de pièces réalisée au Mexique et au Canada
- Tout ne peut pas être fabriqué aux États-Unis et, même lorsque c’est possible, cela exige du temps et des investissements importants de la part des entreprises
- Il reste à voir si les biens produits aux États-Unis pourront être compétitifs en prix
Les cas de l’Inde et du Lesotho
- Les produits indiens seront soumis à des droits de douane pouvant atteindre 27 % à partir du 9 avril
- Selon la Maison Blanche, le droit de douane moyen appliqué auparavant par les États-Unis aux produits indiens était de 3,3 %, tandis que le droit moyen appliqué par l’Inde était de 17 %
- Le think tank GTRI, basé à Delhi, estime que l’Inde pourrait bénéficier d’opportunités dans le textile, l’électronique et les machines, alors que la Chine, le Vietnam, la Thaïlande et le Bangladesh se voient appliquer des droits plus élevés
- Les droits de douane élevés sur les exportations chinoises et bangladaises pourraient créer une marge d’expansion pour les fabricants indiens sur le marché américain
- Avec des droits de 32 % appliqués à Taïwan, le déplacement des chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs pourrait profiter à l’Inde, mais cela nécessitera la mise en place d’infrastructures adaptées
- Le Lesotho, soumis au droit de douane le plus élevé imposé par les États-Unis sur les importations, soit 50 %, prévoit d’envoyer une délégation gouvernementale aux États-Unis pour expliquer sa situation
- Le ministre du Commerce du Lesotho, Mokhethi Shelile, a mis en garde contre des fermetures d’usines et des pertes d’emplois
- Le Lesotho vend des textiles et des diamants aux États-Unis
- Dans ce pays de 2,3 millions d’habitants, des milliers de personnes sont employées à la fabrication de vêtements destinés au marché américain
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