5 points par baeba 2025-12-17 | 2 commentaires | Partager sur WhatsApp
  • Diagnostic de la vacuité ressentie par l’être humain moderne : un excès de « désirs superficiels » qui n’entraînent aucun changement
  • Analyse des causes structurelles par lesquelles l’industrie technologique stimule uniquement la psychologie de la récompense et marchandis e les désirs superficiels
  • Réévaluation de la valeur des « désirs épais (Thick Desires) », disparus dans une société centrée sur l’efficacité
  • Proposition d’une solution pour retrouver la satisfaction essentielle de la vie à travers des actes non extensibles et inefficaces

Introduction

  • Le paradoxe de l’abondance vide dans la société contemporaine

  • Malgré l’abondance et la surabondance matérielles, les individus d’aujourd’hui éprouvent un manque et un désir dont ils ne connaissent pas l’origine.

  • Ce désir ne peut pas être comblé et provient de « désirs superficiels (Thin Desire) » sans source clairement identifiable.

  • Introduction d’une distinction philosophique entre les désirs

  • En s’appuyant sur les discussions philosophiques de Charles Taylor et Agnes Callard, l’analyse distingue les désirs en « désirs épais » et « désirs superficiels ».

Développement

1. Définition binaire du désir selon son effet sur le sujet
  • Le caractère transformateur des désirs épais (Thick Desires)

  • Leur poursuite transforme le sujet (la personne).

  • Exemple : apprendre le calcul infinitésimal élargit la manière de voir le monde et développe la patience ; la personne avant et après l’apprentissage n’est plus la même.

  • Le caractère répétitif des désirs superficiels (Thin Desires)

  • Même après avoir poursuivi ce désir, aucun changement ne se produit chez le sujet.

  • Exemple : vérifier une notification procure une satisfaction temporaire, mais le soi d’il y a cinq minutes et celui d’après la vérification restent identiques.

  • Les désirs superficiels se reproduisent eux-mêmes à l’infini, sans laisser de résidu.

2. La stratégie de commercialisation de l’industrie technologique et ses effets psychologiques secondaires
  • Séparation et marchandisation du système de récompense

  • Le business model de la consumer technology consiste à extraire des désirs épais la seule part de « récompense neurologique » pour la fournir sans le processus qui l’accompagne.

  • Analyse de cas :

  • Réseaux sociaux : procurent un sentiment de lien social sans les obligations de la relation.

  • Pornographie : procure une satisfaction sexuelle sans la vulnérabilité du partenariat.

  • Applications de productivité : procurent un sentiment d’accomplissement sans accomplissement réel.

  • Surabondance sensorielle et dégradation de la santé mentale

  • Une récompense sans processus accroît le pouvoir addictif et se prête facilement aux économies d’échelle.

  • La surabondance de stimuli purement sensoriels entraîne paradoxalement une hausse de l’anxiété, de la dépression et de la solitude.

3. Une structure sociale centrée sur l’efficacité et la perte de sens
  • L’inefficacité des désirs épais et l’effondrement de leur infrastructure

  • Les désirs épais (esprit artisanal, sentiment d’appartenance à une communauté, etc.) demandent beaucoup de temps à acquérir et ne permettent pas de satisfaction immédiate.

  • Du point de vue de l’économie de marché mondiale, ces désirs sont inefficaces ; les infrastructures qui les soutenaient (apprentissage, communauté locale, etc.) ont donc été démantelées.

  • Le monopole de l’infrastructure des désirs superficiels

  • Les espaces d’échange physiques (comme le perron) sont remplacés par des espaces personnalisés, et l’infrastructure des désirs superficiels via les appareils intelligents envahit le quotidien.

Conclusion

  • Retrouver la densité de la vie par des actes inefficaces

  • Il est proposé de restaurer les désirs épais non pas par un grand mouvement social, mais par des pratiques à l’échelle individuelle.

  • Le cœur de la solution consiste à rechercher intentionnellement la « non-extensibilité (Non-scalable) » et l’« inefficacité ».

  • Des pistes de mise en pratique concrètes

  • Faire du pain : retrouver la patience en se calant sur le temps de fermentation de la levure, c’est-à-dire sur le rythme de la nature.

  • Écrire une lettre manuscrite : sortir de la logique de l’optimisation grâce à une communication inefficace, impossible à corriger ou à tracer.

  • Coder pour une seule personne : créer un outil qui résout le problème d’un seul individu, et non celui d’une multitude d’utilisateurs, à rebours des économies d’échelle.

  • Proposition finale

  • Ces actes ne visent pas à changer le monde, mais constituent un salut personnel pour combler la vacuité et retrouver la sensation de ce qui « mérite vraiment d’être désiré ».

2 commentaires

 
jung5966 2025-12-18

Au fond, la question est de savoir si ce que les gens veulent, c’est un antidouleur (la dopamine) ou une vitamine (un désir profond)… et la tendance récente semble pencher vers le premier. Même historiquement, on a l’impression que le premier l’emporte, puis qu’en réaction le second réapparaît de temps à autre.

 
baeba 2025-12-17

1. Réactions partagées sur la forme (« une esthétique LinkedIn ? »)

  • Critiques majoritaires : beaucoup jugent que le format avec un retour à la ligne à chaque phrase ressemble à un « post prétentieux d’influenceur LinkedIn » ou à un « texte généré par IA ». Ils reprochent un emballage tapageur sans véritable contenu.
  • Quelques défenses : pour certains, c’est une mise en page plus lisible, adaptée à la faible capacité d’attention contemporaine, ou un style visant un certain rythme poétique.

2. Témoignages de mise en pratique du « désir épais »

  • Cas de réussite : certains racontent avoir surmonté leur déprime et redonné de la densité à leur vie grâce à des loisirs physiques et chronophages comme la sculpture, la conception de circuits analogiques ou l’écriture de cartes postales.
  • Débat sur la cuisson du pain : à propos de l’exemple de la « cuisson inefficace du pain » dans le texte, des ingénieurs ont partagé des astuces d’« optimisation du temps de fermentation » au four, déclenchant un sous-débat paradoxal.

3. Analyse des origines philosophiques et religieuses

  • Rebranding d’une sagesse ancienne : certains estiment que cela ne fait que reconditionner, avec des termes modernes (Thin/Thick), des concepts comme les « Hungry Ghosts » du bouddhisme ou des thèmes classiques de la philosophie occidentale (Augustin, etc.).
  • Validité de l’intuition : même si ce n’est pas nouveau, plusieurs s’accordent à dire qu’il s’agit d’une réflexion bien formulée pour la société contemporaine.

4. Les limites d’une logique binaire

  • Attention à la simplification des concepts : le schéma « consommation = superficialité, création = profondeur » est jugé dangereux. Une lecture approfondie (consommation) peut aussi être épaisse, et une création commerciale peut être superficielle.
  • La valeur du repos : certains soulignent que des activités « apparemment superficielles » comme ne rien faire ou jouer peuvent aussi constituer un repos nécessaire à la récupération.

5. Mise en cause de causes structurelles et environnementales

  • Ce n’est pas qu’une affaire individuelle : le vrai problème serait le système de récompense dopaminergique conçu intentionnellement par les entreprises IT.
  • Contraintes du réel : d’autres contestent l’idée que « nous sommes déjà prospères ». Avec le coût du logement, de la santé et d’autres menaces pesant sur la survie, il est en réalité difficile de poursuivre sereinement un « désir épais ».