1 points par GN⁺ 2024-04-14 | 1 commentaires | Partager sur WhatsApp

Les problèmes du nouveau projet de règles de la FCC sur la neutralité du Net

  • Le 25 avril, la FCC doit voter pour rétablir son autorité de régulation sur les fournisseurs d’accès à Internet (ISP) et restaurer les protections fédérales de neutralité du Net supprimées sous l’administration Trump.
  • Le projet de règles publié par la FCC début avril comporte de nombreux points bienvenus.
    • Les opérateurs mobiles comme T-Mobile, AT&T et Verizon, qui ont dégradé la qualité vidéo pour les utilisateurs mobiles, devront y mettre fin.
    • Il maintient les protections de neutralité du Net au niveau des États, comme la loi californienne sur la neutralité du Net, permettant ainsi une application redondante.
    • Il rend plus difficile pour les ISP de contourner la neutralité du Net au point où les données entrent sur leur réseau.
  • Mais il existe un problème majeur : les règles proposées permettent aux ISP mobiles de créer des fast lanes où certaines applications sont traitées en priorité.
    • Les applications présentes dans ces fast lanes obtiennent généralement de meilleures performances et fonctionnent nettement mieux lorsque le réseau est congestionné.

Les projets de fast lanes des ISP

  • T-Mobile, AT&T et Verizon testent des moyens de créer des fast lanes 5G pour des applications de visioconférence, de jeu, de vidéo, etc.
    • Ils utilisent le network slicing, une caractéristique technique de la 5G, pour créer des voies dédiées séparées du trafic Internet général.
    • Ce sont les ISP qui choisissent et contrôlent les applications à favoriser.
  • Le projet d’ordonnance de la FCC autorise ces fast lanes tant que les fournisseurs d’applications ne sont pas facturés.
  • À l’avenir, on pourrait voir apparaître des services additionnels du type « visioconférence améliorée à 10 $ par mois » ou « jeu en ligne prioritaire pendant 24 heures ».
  • Les ISP parlent ouvertement de ces efforts et de ces projets sur leurs blogs, dans des communiqués de presse et lors de conférences.

Les problèmes posés par des fast lanes contrôlées par les ISP

  • Ce type de fast lanes contrôlées par les ISP viole les principes fondamentaux de la neutralité du Net, limite le choix des utilisateurs, fausse la concurrence, pénalise les startups et contribue à renforcer la domination des plateformes.
  • La neutralité du Net signifie que nous, utilisateurs d’Internet, devons pouvoir décider de ce que nous faisons en ligne sans interférence de la part des ISP.
    • Les ISP ne doivent pas perturber nos choix en bloquant des applications, en les accélérant ou en les ralentissant.
    • Les applications doivent se concurrencer sur un terrain équitable, et ce sont les utilisateurs, non les ISP, qui doivent décider quelles applications réussissent.
  • Permettre aux ISP de décider quelles applications entrent dans les fast lanes viole ces principes.
  • Il y a une différence de performance entre les applications présentes dans les fast lanes et celles qui ne le sont pas, et lorsque le réseau est congestionné, les applications sur la voie normale en souffrent particulièrement.
  • Les différences de performance influencent le temps que les gens passent sur un site, l’argent qu’ils paient et leur décision d’y revenir ou non.
  • Autoriser les ISP à choisir les applications admises dans les fast lanes revient à laisser les ISP, et non les utilisateurs, désigner les gagnants et les perdants en ligne.
  • Les applications connues ont plus de chances d’intégrer les fast lanes, tandis que des applications de niche comme Signal, des médias locaux, Mastodon, PeerTube, Dropout ou Bandcamp risquent d’en être exclues.

La nécessité de protections réellement efficaces pour la neutralité du Net

  • Des protections réellement efficaces pour la neutralité du Net doivent interdire aux ISP d’accélérer ou de ralentir les applications.
    • Les ISP peuvent choisir les gagnants et les perdants en plaçant les gagnants dans une fast lane ou les perdants dans une slow lane.
    • Les applications désavantagées auront plus de mal à concurrencer les autres.
  • Cela ne devrait pas prêter à controverse.
    • La proposition de neutralité du Net de Barack Obama en 2014 incluait ce type de garde-fous.
    • Même le projet de loi républicain sur la neutralité du Net interdisait aux ISP d’accélérer ou de ralentir les applications.
    • Les millions d’Américains qui ont soutenu l’Open Internet Order de 2015 et se sont opposés à son abrogation en 2017 considèrent que les protections de neutralité du Net interdisent les fast lanes et les slow lanes.

Les faiblesses du projet de la FCC et les pistes d’amélioration

  • Le projet d’ordonnance de la FCC adopte une autre approche.
    • La règle de no-throttling proposée par la FCC en octobre interdisait explicitement aux ISP de ralentir les applications, mais ne disait pas si l’accélération devait elle aussi être interdite.
  • Des organisations de la société civile, des startups et des membres du Congrès ont demandé à la FCC de préciser que la règle de no-throttling interdit aussi aux ISP d’accélérer certaines applications, mais cela n’a pas été intégré au projet.
  • Tout en reconnaissant que certaines accélérations d’applications pourraient violer la règle de no-throttling, le projet ajoute une formulation floue indiquant que la FCC examinera les fast lanes au cas par cas.
  • Cela donne à la FCC un maximum de flexibilité pour accepter ou rejeter ultérieurement des fast lanes particulières.
  • Il est difficile de prévoir si la création de fast lanes incluant les applications les plus populaires d’une catégorie, au nom de la préférence des consommateurs, sera considérée comme une « discrimination déraisonnable », ou si une violation ne sera retenue que lorsque les applications hors fast lane seront techniquement dégradées ou endommagées.
  • Il est impossible de prédire quel type de fast lane la FCC jugera contraire à la règle de no-throttling.
    • Cela donne aux ISP un prétexte pour multiplier les fast lanes et mettre la FCC au défi d’appliquer ses propres règles.
  • Avant le vote du 24 avril, la FCC devrait réviser son projet d’ordonnance et préciser que la règle de no-throttling interdit aussi aux ISP de créer des fast lanes pour certaines applications ou catégories d’applications.

L’avis de GN⁺

  • Pour préserver le principe de neutralité du Net, il semble nécessaire d’avoir des règles claires interdisant à la fois les fast lanes et les slow lanes. Comme dans le projet de la FCC, appliquer des critères flous aux fast lanes n’est pas souhaitable.
  • Le fait que les ISP sélectionnent certaines applications pour leur offrir une fast lane peut nuire à la concurrence équitable dans l’écosystème Internet et limiter la liberté de choix des consommateurs. Cela risque notamment de désavantager les startups ou les services à but non lucratif disposant de peu de moyens.
  • Cela dit, dans certains secteurs, une séparation du trafic via le network slicing peut être nécessaire. Une application limitée à des usages spécifiques, comme la transmission de données pour les véhicules autonomes ou la diffusion dans les stades, pourrait sembler envisageable.
  • Il reste encore du temps avant le vote, et il paraît nécessaire d’intégrer davantage les avis de la société civile et des entreprises afin d’améliorer le projet. Espérons que la neutralité du Net sera effectivement préservée.

1 commentaires

 
GN⁺ 2024-04-14
Avis Hacker News
  • La principale raison de la mauvaise qualité d’Internet aux États-Unis et au Canada est le monopole. Dans l’UE, il existe des offres similaires d’accès « amélioré » qui fournissent un accès « gratuit » non comptabilisé dans les plafonds de données.

  • Les FAI essaient depuis des décennies d’être plus que de simples « dumb pipes », mais presque personne n’en veut. Imaginez qu’une compagnie des eaux puisse facturer davantage un verre d’eau qu’une chasse d’eau.

  • La neutralité est aussi nécessaire dans d’autres domaines, comme l’hébergement ou les services financiers. Ce sont des services essentiels à la survie dans la société actuelle, et ils devraient donc être traités comme s’ils étaient exploités comme des services publics.

  • L’article comprend mal le network slicing. Le network slicing réserve de la capacité, pas des fréquences. Le zero-rating et le traffic shaping ne devraient pas être utilisés pour favoriser certaines applications.

  • L’expérience 5G est strictement pire que la LTE. On a l’impression que les requêtes sont souvent interrompues.

  • Les voies rapides constituent le principal avantage de la 5G en raison de la bande passante limitée du backhaul. Au lieu de supprimer les voies rapides, il faudrait obliger les FAI à fournir un accès équitable à ces voies rapides.

  • La lenteur du déploiement aux États-Unis n’est pas due à un manque de concurrence. L’Inde, la Chine et le Japon ont déployé la 5G à l’échelle nationale en 2 à 4 ans malgré des systèmes oligopolistiques à 2 ou 3 acteurs. Le problème semble venir de l’inertie relative de la FCC et des régulateurs, ainsi que de la difficulté à mettre au rebut les anciennes infrastructures.

  • Combien de fois faudra-t-il mener le même combat ? Là où Netflix dispose de voies rapides, il est impossible d’utiliser Internet tous les soirs entre 18 h 30 et 22 h 30.

  • Les responsables politiques sont très réactifs et hésitent à résoudre les problèmes tant qu’il n’est pas impossible de les ignorer.

  • Il faut davantage de nuances. Si les FAI ne peuvent pas être payés, que leur reste-t-il ? Les FAI autoriseront-ils n’importe qui à obtenir de telles voies de transmission à des conditions justes, raisonnables et non discriminatoires ? Ou ne favoriseront-ils que les entreprises entretenant des relations confortables avec eux ?