2 points par GN⁺ 2024-10-22 | 1 commentaires | Partager sur WhatsApp
  • L’Égypte a obtenu la certification « paludisme-free » de l’OMS après près de 100 ans d’efforts d’élimination, marquant une étape majeure dans la lutte contre cette maladie infectieuse transmise par les moustiques
  • Cette certification n’est accordée qu’après avoir démontré trois années consécutives d’interruption de la chaîne de transmission locale, ainsi que la capacité à empêcher une réimplantation après une réintroduction
  • Le paludisme est une maladie parasitaire transmise par les piqûres de moustiques, qui provoque au moins 600 000 décès par an, presque tous en Afrique
  • L’Égypte devient le troisième pays certifié dans la région OMS de la Méditerranée orientale, après les Émirats arabes unis et le Maroc, et 44 pays ainsi qu’un territoire ont atteint ce même stade dans le monde
  • Même après cette certification, si les capacités de surveillance et de prévention ne sont pas maintenues, la transmission peut se réinstaller : cette déclaration d’élimination n’est donc pas une fin, mais le début d’une gestion durable

Certification de l’OMS et contexte historique

  • L’Égypte a reçu la certification « paludisme-free » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
  • Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré que le paludisme était une maladie aussi ancienne que la civilisation égyptienne, mais que ce fléau qui tourmentait les pharaons appartient désormais à l’histoire
  • L’OMS estime que le gouvernement égyptien et sa population ont fourni des efforts de longue haleine pour mettre fin à cette maladie présente depuis l’Antiquité

Critères de certification et portée actuelle

  • La certification de l’OMS est accordée lorsqu’un pays prouve qu’il a interrompu la chaîne de transmission du paludisme pendant au moins les 3 dernières années consécutives
  • Pour être certifié, il faut aussi démontrer une capacité de réponse suffisante pour empêcher une réinstallation durable de la transmission
  • L’Égypte devient le troisième pays certifié « paludisme-free » dans la région OMS de la Méditerranée orientale, après les Émirats arabes unis et le Maroc
  • À l’échelle mondiale, 44 pays et un territoire ont atteint cette même étape

Près de 100 ans d’efforts d’élimination

  • Les autorités égyptiennes ont lancé leurs premiers efforts de lutte contre le paludisme il y a près de 100 ans
  • Selon l’OMS, les premières mesures mises en place dans les années 1920 visaient à réduire les contacts entre les humains et les moustiques
    • La culture du riz et d’autres cultures a été interdite à proximité des zones d’habitation

Risques du paludisme et prévention

  • Le paludisme est causé par un parasite complexe transmis par les piqûres de moustiques
  • Au moins 600 000 personnes meurent du paludisme chaque année, presque toutes en Afrique
  • Des vaccins sont utilisés dans certaines régions
  • La surveillance sanitaire et l’évitement des piqûres de moustiques restent les moyens les plus efficaces de prévenir le paludisme

Les défis après la certification

  • L’OMS considère cette certification non comme une fin, mais comme le début d’une nouvelle étape
  • L’Égypte devra rester vigilante pour conserver son statut de pays exempt de paludisme
  • Elle devra maintenir ses capacités de surveillance et de prévention pour éviter que la transmission ne se réinstalle

1 commentaires

 
GN⁺ 2024-10-22
Avis sur Hacker News
  • Il est intéressant de voir que les efforts consacrés par l’Égypte à la surveillance et au dépistage du paludisme ont contribué à ce résultat.
    Cela montre que, pour éradiquer de nombreuses maladies infectieuses, il faut comprendre en profondeur non seulement la maladie elle-même, mais aussi son cycle de transmission et l’écologie complexe de ses multiples hôtes.
    Le cycle de vie complexe du paludisme [1] semble pouvoir être facilement « interrompu » par plusieurs interventions, mais historiquement son éradication a été difficile. Pourquoi ?

    1. https://en.m.wikipedia.org/wiki/Plasmodium#/media/File%3ALif...
    • À mon avis, la plus grande difficulté dans l’éradication du paludisme tient au fait qu’il est le plus fréquent dans les régions pauvres.
      Il arrive que le paludisme soit importé aux États-Unis, mais le CDC National Malaria Surveillance System le contient rapidement. Avec des financements suffisants, le paludisme est évitable ; en revanche, si beaucoup de personnes n’ont pas accès aux soins, il n’est ni diagnostiqué ni suivi.
      Au final, c’est le manque d’accès aux soins qui permet au paludisme de continuer à dévaster des régions. Si vous voulez sauver des vies, faire un don à MSF est aussi une bonne option.
      https://www.cdc.gov/malaria/cdc-malaria/index.html
      https://www.doctorswithoutborders.org/what-we-do/medical-iss...
    • Le paludisme dépend de plusieurs facteurs, chacun étant très résilient, comme un k8s bien conçu.
      En attaquant simultanément plusieurs voies, on peut réduire son fonctionnement, mais mathématiquement, pour l’éliminer complètement, il faut soit qu’un facteur de dépendance tombe à zéro, soit que plusieurs facteurs soient gravement affaiblis. La polio était relativement plus facile à traiter, car il existe un vaccin oral bon marché et l’isolement est possible.
  • Reconstitution dramatique : https://www.youtube.com/watch?v=ljmifo4Klss
    Il ne s’agit pas du paludisme, mais de la variole ; dans les grandes lignes, c’est assez similaire.

    • Il est triste de constater que la dernière personne à avoir contracté la variole et y avoir survécu est morte à 58 ans du paludisme.
  • J’imagine qu’ils ont utilisé des insecticides ; quelqu’un sait lesquels ?

    • Je ne sais pas très bien, mais il existe pas mal de techniques au-delà des insecticides agressifs.
      Plusieurs espèces de poissons se régalent des larves de moustiques, et certaines vivent très bien dans de petites flaques avec peu d’aide. Les moustiques mâles stériles sont aussi une méthode : les mâles ne piquent pas, et les femelles ne s’accouplent qu’une seule fois ; donc relâcher beaucoup de mâles stériles fait baisser la population.
      Wolbachia est une bactérie qui vit dans les moustiques, se transmet assez bien à la génération suivante, n’infecte pas les humains et empêche le paludisme de survivre dans le moustique.
      Une espèce de bactérie appelée Bti produit plusieurs toxines très spécifiques des larves de moustiques ; je ne sais pas pourquoi elle a évolué ainsi, mais on peut l’acheter sous forme de « mosquito dunks » ou de préparations commerciales. Elle tuerait efficacement les larves de moustiques dans l’eau tout en étant pratiquement non toxique pour les autres organismes. Cela semble trop coûteux pour une lutte à l’échelle d’un pays, mais c’est excellent pour les flaques dans un jardin.
      On peut aussi répandre sur l’eau une huile qui forme un film de surface pendant quelques jours, ce qui asphyxie et tue les pupes de moustiques dans l’eau.
    • Ce doit être beaucoup plus compliqué que « pulvériser des insecticides partout ». Sinon, ce serait facile. Il existe un livre blanc de l’OMS :
      https://www.who.int/publications/i/item/9789240031357
      Il fait 40 pages, mais pour résumer, les trois axes sont les soins universels, l’identification des zones où le paludisme est plus ou moins présent ou déjà éradiqué, et la surveillance des nouvelles infections dans les zones éradiquées ou à faible transmission.
      Les insecticides font partie du volet « soins universels », car la lutte antivectorielle est une composante de la prévention réelle, mais on peut aussi tuer les moustiques autrement qu’avec des insecticides, et selon les régions les moustiques peuvent y être résistants. Ce n’est donc pas une stratégie universelle : il est important de choisir des régions précises comme cibles d’éradication. La page 18 décrit plus en détail plusieurs usages d’insecticides et méthodes d’élimination des parasites, et toutes les méthodes doivent être utilisées ensemble.
      Une fois le paludisme disparu d’une région, la surveillance empêche sa réintroduction. À mesure que le nombre d’infections diminue, il peut aussi falloir consacrer davantage de ressources à trouver les quelques personnes encore infectées.
      Fait intéressant, la discrimination joue aussi un rôle. Les dernières personnes à contracter le paludisme sont en général celles dont le statut social est très bas et qui n’ont pas accès aux soins. Si l’on n’étend pas les soins à toutes les personnes de la société, le paludisme revient.
      En tant que non-spécialiste, je simplifie probablement beaucoup le livre blanc, mais la meilleure voie vers l’éradication du paludisme ne semble pas être une technologie miracle, plutôt une administration et une gestion de projet efficaces qui exploitent les traitements dont nous disposons déjà.
    • En pratique, il est difficile de trouver des documents qui donnent des détails concrets au-delà de la « lutte antivectorielle », de l’élimination des sites de reproduction et de la coopération avec les pays voisins.
      Certaines organisations exploitent le fait que les femelles ne s’accouplent qu’une seule fois en relâchant des moustiques mâles stériles pour empêcher la reproduction.
    • Il existe plusieurs familles d’insecticides :
      pyréthrinoïdes (par ex. permethrin), organochlorés (par ex. DDT), carbamates (par ex. bendiocarb), organophosphorés (par ex. malathion)
      Les pyréthrinoïdes sont surtout utilisés pour les moustiquaires, les vêtements traités aux insecticides, etc. Le choix de la substance chimique, du lieu et de la manière de l’appliquer fait encore l’objet de nombreuses recherches.
      À côté de cela, il y a aussi les méthodes consistant à repérer et éliminer les sites de reproduction des moustiques.
    • D’après ce que je sais de la prévention du paludisme, les insecticides sont surtout utilisés dans les moustiquaires imprégnées d’insecticide.
  • Les pays voisins connaissent-ils aussi le paludisme ? Si oui, quand et comment l’ont-ils résolu ?

    • L’Égypte était depuis un certain temps une zone à faible risque de paludisme. Cette déclaration suit les critères de l’OMS :
      L’OMS déclare un pays « malaria-free » lorsqu’elle reçoit des preuves valides montrant que la chaîne de transmission locale du paludisme par les moustiques Anopheles a été interrompue à l’échelle nationale pendant au moins les trois dernières années. Le pays doit aussi démontrer sa capacité à empêcher la réinstallation de la transmission
      En juin 2024, l’OMS a confirmé qu’il n’y avait pas de transmission locale du paludisme en Égypte, et que tous les cas confirmés étaient importés de pays endémiques. Le solide système de surveillance de l’Égypte, associé à la coopération des parties prenantes concernées, a joué un rôle clé dans la détection précoce des cas
      Les pays voisins au sud présentent un risque élevé de paludisme, mais l’Égypte déploie des efforts considérables pour éliminer la maladie depuis les années 1940
    • Le travail d’Israel Jacob Klinger pour éliminer le paludisme dans la Palestine mandataire est assez célèbre
      En Galilée et autour du lac Kinnereth, c’est-à-dire le lac de Galilée, le paludisme ravageait gravement les implantations juives, et en 1919 le taux d’infection des travailleurs dépassait 95 %
      https://en.wikipedia.org/wiki/Malaria_in_Mandatory_Palestine
    • L’Italie, sur la côte nord de la Méditerranée, est devenue un pays sans paludisme en asséchant de nombreux marais et basses terres inondées, en utilisant la quinine puis, plus tard, le DDT
      Ce fut un effort très long, qui a pris plus d’un siècle ; les détails se trouvent sur https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3340992/
    • Les États-Unis et le Canada ont eux aussi connu autrefois d’importants problèmes de paludisme
      Plus d’un millier de personnes sont mortes pendant la construction du canal Rideau, la grande majorité à cause du paludisme.[0]
      [0]https://en.wikipedia.org/wiki/Rideau_Canal#Construction_deat...
  • C’est une excellente nouvelle. Il faudrait la reproduire dans l’ensemble des régions tropicales
    Le gouvernement de Singapore utilise des moustiques Wolbachia pour contrôler la propagation des moustiques vecteurs, ce qui semble être une autre solution efficace

  • On peut trouver ce genre de bonnes nouvelles dans les domaines médical, social et environnemental dans l’e-mail hebdomadaire gratuit https://fixthenews.com/. Il existe aussi une version payante
    Parmi les sujets de la semaine dernière figuraient notamment le fait que l’Inde devienne enfin une puissance des énergies propres, la création d’une vaste nouvelle aire marine protégée aux États-Unis, l’élimination officielle du trachome comme problème de santé publique en Inde, la forte hausse des ventes mondiales de véhicules électriques en septembre, et la baisse d’un tiers du taux mondial de grossesses chez les adolescentes depuis 2000, chaque élément étant accompagné d’un paragraphe détaillé

    • Reasons To Be Cheerful propose aussi une publication périodique similaire : https://reasonstobecheerful.world/
      Je ne sais pas pourquoi le site se qualifie de « magazine de développement personnel ». C’est simplement une collection intéressante de nouvelles positives
    • Un autre site découvert sur HN la semaine dernière : https://www.newsminimalist.com/
      Ce ne sont pas, à strictement parler, de « bonnes nouvelles », mais le site essaie de traiter des informations importantes sans titres racoleurs
    • Les médias traditionnels sont trop désespérément dépendants des titres racoleurs, et il y a aussi beaucoup de publicité. Les réseaux sociaux, c’est pareil
    • Son ancien nom était futurecrunch. C’est la seule newsletter pour laquelle je paie, et je l’apprécie vraiment beaucoup
  • Je suis vraiment content qu’ils y soient parvenus sans moustiques génétiquement modifiés
    Cela montre qu’on peut s’attaquer aux maladies humaines sans modifier l’écosystème par l’ingénierie

  • Cela ressemble à une réussite immense, mais je me demande comment elle a réellement été obtenue