11 points par GN⁺ 2025-03-20 | 1 commentaires | Partager sur WhatsApp

> « Où sont passés les chercheurs amateurs, et comment les faire revenir ? »

Les fondements littéraires de la civilisation

  • Le Manual for Civilisation de la Long Now Foundation, situé à Fort Mason à San Francisco, est une bibliothèque rassemblant 3 500 livres nécessaires au maintien ou à la reconstruction d’une civilisation
    • Le projet est parti de la question : « Si vous étiez bloqué sur une île déserte ou sur un astéroïde hostile, quels livres voudriez-vous emporter ? »
    • Cette collection inspire à la fois de la grandeur et de l’optimisme, tout en ayant quelque chose de sérieux et de vain, et symbolise la croyance selon laquelle les livres façonnent et soutiennent la civilisation
  • Il y a 350 ans, Galilée décrivait les livres comme le « sceau de toutes les admirables inventions de l’humanité ». Les livres sont des outils qui permettent de communiquer avec les générations futures au-delà du temps et de converser avec des personnes vivant des millénaires plus tard
  • Henry David Thoreau qualifiait les livres de « précieux héritage des générations et des cultures ». Ils assurent la continuité du savoir et de l’expérience humaine
  • En écoutant la Cavatina de Beethoven présente sur le disque d’or de Voyager II, Carl Sagan éprouvait de l’émerveillement devant l’existence même des livres. Selon lui, « l’écriture est peut-être la plus grande invention humaine », et les livres relèvent d’une forme de magie qui relie les êtres du passé et du futur
  • Ce n’est pas parce que les livres contiendraient un savoir sacré ou spécial, mais parce que la culture se forme et se développe à travers la lecture et l’écriture
  • Les livres transmettent le savoir au-delà du temps et de l’espace ; sans livres, il ne peut y avoir de culture, et sans culture, il ne peut y avoir de civilisation

« Lis » : le commandement divin

  • Le concept de civilisation dérive en arabe de la racine ح-ض-ر, qui signifie « demeurer, s’installer, exister ». Cela symbolise une transition profonde de l’errance vers l’établissement
  • Il y a environ 1 450 ans, le prophète de l’islam Mahomet reçut à trois reprises l’ordre divin : « Lis »
    • L’injonction « Lis au nom de ton Seigneur qui t’a créé » marque le commencement de la civilisation islamique
  • Les origines de l’islam ont été préservées grâce à l’un des systèmes de transmission orale les plus élaborés et rigoureux de l’histoire humaine
  • Cet ordre divin dépasse largement le simple déchiffrement des lettres → lire symbolise le lien avec Dieu, la mission humaine et la formation de la civilisation

Entre solitude et communauté

  • Pour quelqu’un qui ne sait pas déchiffrer l’écrit, l’ordre « Lis » ébranle le sens même de la lecture
  • En arabe, « Iqra » porte à la fois les sens de « lire » et de « réciter »
    • Lire → un acte personnel et méditatif
    • Réciter → un acte social et oral, exprimé vers l’extérieur
  • Dans Pleasures of Reading in the Age of Distractions, Alan Jacobs décrit la lecture comme un « va-et-vient entre expérience solitaire et lien social »
  • Aujourd’hui, ce lien social prend des formes variées :
    • tenir un journal, publier sur un blog, participer à un club de lecture, à un salon littéraire, à des discussions en ligne, écrire des lettres à des amis, etc.
  • Les bonnes idées naissent d’un équilibre entre réflexion et connexion
  • La lecture ne doit pas s’arrêter à la simple méditation personnelle ; elle doit contribuer au réseau humain du savoir à travers le lien social
  • Le commandement coranique donne une orientation claire :
    > « Lis au nom de ton Seigneur qui t’a créé. Qui a créé l’homme d’une adhérence. Lis ! Ton Seigneur est le Très Généreux, celui qui a enseigné par la plume à l’homme ce qu’il ne savait pas. »
  • Dans le Coran, l’ordre de « lire » ne signifie pas seulement acquérir du savoir, mais implique une « responsabilité envers l’émerveillement »
  • Comme dans le poème We Astronomers de Rebecca Elson, lire doit procéder d’une enquête disciplinée et d’une ouverture à l’émerveillement

Le long siècle du dernier lecteur

  • Depuis cent ans, la « responsabilité de lire » est une source d’angoisse culturelle
  • L’idée que les changements d’époque et les avancées techniques mèneraient à l’effondrement de la culture de la lecture revient sans cesse
  • Virginia Woolf (1926)

    • Avec l’apparition de la radio et du cinéma comme nouveaux médias, elle s’inquiète de l’avenir de la lecture
    • Woolf estime que le cinéma procure un plaisir immédiat, mais qu’il procède d’instincts humains primitifs et constitue un geste opposé à la civilisation
    • Elle craint que les contenus audiovisuels comme le cinéma n’érodent la profondeur de la lecture
  • E.B. White (1951)

    • Alors que la télévision remplace la radio, il s’inquiète à son tour pour l’avenir de la lecture
    • Le président du Rollins College avertit que « dans cinquante ans, seuls 5 % des Américains liront encore »
    • White soutient que même s’il ne restait qu’un seul lecteur, cette personne devrait devenir le centre d’une nouvelle civilisation
    • Il redoute que les médias audiovisuels affaiblissent la capacité de pensée humaine et transforment la lecture en simple divertissement
  • Susan Sontag (1996)

    • Elle s’inquiète de voir les technologies numériques transformer en profondeur la culture de la lecture
    • Elle avertit du risque que le livre soit rabaissé au rang de simple « texte » interactif, absorbé par une réalité visuelle fondée sur la publicité
    • Pour Sontag, le vrai problème n’est pas la disparition du livre, mais la « disparition de l’intériorité »
  • Depuis cent ans, la vitesse du progrès technique n’a pas vraiment rattrapé les capacités cognitives humaines
    • Harold Bloom, Mortimer J. Adler, Neil Postman et d’autres partageaient eux aussi cette inquiétude quant à l’avenir de la lecture
    • Mais le futur qui s’est réellement imposé est plus complexe qu’attendu → les livres et les mots abondent, mais une culture cohérente et un sens partagé font défaut
  • La crise de la lecture = non pas la disparition des livres, mais l’effondrement de la culture
    • Woolf, White et Sontag ne craignaient pas la disparition matérielle du livre
    • Le problème tient à la dégradation de la lecture, qui passe d’un acte immersif et réfléchi à une simple consommation ou distraction
    • La fin de la lecture ne signifie pas la disparition des livres, mais la perte de la culture

Une culture en crise

  • Les inquiétudes de Woolf, White et Sontag se sont réalisées
  • Les livres n’ont pas disparu, mais l’attention fragmentée et l’engagement superficiel ont fait s’effondrer le sens partagé et la cohérence culturelle
  • La définition de la « culture » est aussi fluide que le phénomène lui-même
    • Dans Princes and Powers, James Baldwin soutient que seule une culture en crise a besoin d’une “définition de la culture”
  • Dans The Disappearance of Rituals, Byung-Chul Han analyse la disparition des structures et des formes qui produisent du sens
  • Il en résulte un TDAH de civilisation :
    • instabilité entre les générations
    • déficit d’attention
    • agitation excessive sans direction
    • absence d’intuition et pensée éphémère

La recherche comme loisir : la reconstruction culturelle selon Eliot et Pieper

  • Après la Seconde Guerre mondiale, T.S. Eliot décrit en Grande-Bretagne la « culture » comme un ensemble de trois éléments interdépendants :
    • l’individu
    • le groupe
    • la société
    • Si ces trois éléments sont dissociés, aucune haute civilisation ne peut exister
  • En Allemagne, après la défaite et l’effondrement, Josef Pieper affirme que le loisir est le fondement de la culture
    • Le loisir n’est pas un simple repos, mais une activité contemplative issue du grec ancien « σχολή (scholē) »
    • Chez Pieper, le loisir prend la forme d’une recherche libre
      • il ne s’agit pas simplement d’accumuler des connaissances
      • cela commence par l’émerveillement et un esprit d’exploration ouvert
      • c’est dans le processus consistant à formuler des questions précises et à y chercher des réponses que la culture se forme
  • L’approche complémentaire d’Eliot et de Pieper
    • Eliot → décrit la structure extérieure de la culture
    • Pieper → décrit les conditions intérieures de la culture
    • Sans la cohérence structurelle d’Eliot, la culture s’effondre ; sans le loisir contemplatif de Pieper, elle se vide de sa substance
  • La valeur de la recherche comme loisir

    • Elle reconfigure lecture et écriture comme des activités ludiques mais intentionnelles
    • La recherche comme loisir donne une forme à l’émerveillement, à la curiosité et à la joie de la découverte
    • Quand penseurs du passé et du présent entrent en dialogue, de nouveaux schémas sociaux se forment et se recomposent
  • La clé de la reconstruction culturelle

    • Dans une culture fragmentée, la recherche comme loisir ouvre une nouvelle imagination culturelle
    • La circulation d’idées née d’une curiosité intentionnelle et ouverte crée une culture nouvelle

Résister à la lecture vide

  • La reconstruction de la culture commence lorsqu’on considère lecture et enquête non comme un devoir académique, mais comme une curiosité ludique et intentionnelle
  • La lecture ne devrait pas être une charge, mais un acte issu de l’émerveillement et du plaisir de découvrir
  • Les mauvaises formes de lecture
    • 1. La lecture comme outil de productivité
      • Quand on considère la lecture comme un hack de productivité
      • Tendance à consommer des livres de développement personnel ou des romans populaires pour se donner une image de personne productive
      • On traite alors la lecture non comme un outil pour comprendre le réel, mais comme un simple divertissement
    • 2. La lecture comme biais de confirmation
      • Beaucoup lisent d’une manière qui renforce leur vision du monde préexistante
      • Ils ne collectent que des idées fragmentaires pour consolider des convictions déjà acquises
      • Cela réprime la curiosité intellectuelle et empêche une pensée profonde
  • La réponse à la lecture vide, c’est la recherche comme loisir
    • Elle constitue une réponse noble au commandement sacré : « Lis au nom du Créateur »
    • La recherche amène à considérer tous les éléments de la vie avec sens et curiosité, et à explorer le savoir avec une ouverture au mystère et à l’émerveillement
    • En dehors des cadres académiques, chacun peut devenir un chercheur
  • La recherche n’est pas un privilège universitaire, mais une activité proprement humaine
    • Elle forme la culture à travers l’aventure, la technique et l’échange social
    • Même ceux qui ne sont pas des experts devraient viser une forme d’expertise, et chacun peut devenir chercheur

De la théorie à la pratique : un cadre pour la recherche comme loisir

1. Cultiver la curiosité

  • Nous avons la bibliothèque d’Alexandrie au creux de la main, mais la surabondance d’informations émousse la curiosité
  • Au lieu de réagir passivement aux informations fournies par les algorithmes, il faut explorer activement
  • Le cœur de la curiosité, c’est l’observation, l’attention et les questions persistantes sur le “pourquoi” et le “comment”
  • Manières de cultiver la curiosité au quotidien :
    • lire un essai sur les oiseaux et vouloir en savoir davantage
    • se promener et s’interroger sur les bâtiments, les arbres ou la structure des rues autour de soi

2. Préciser les questions

  • Sans direction, la curiosité ne reste qu’une simple dispersion
  • Il faut transformer une curiosité passive en quête active de vérité
  • Conditions d’une bonne question :
    • elle doit être assez précise pour orienter la recherche
    • elle doit rester assez ouverte pour laisser place à de nouvelles découvertes
  • Processus d’évolution d’une question :
    • « Comment la banlieue s’est-elle formée ? » → « Quel a été l’impact du zonage sur la banlieue ? »
    • → « Quelle est l’histoire du zonage ? » → « Comment les centres commerciaux ont-ils transformé la banlieue ? »
    • → « Pourquoi faut-il des minima de stationnement ? » → « La structure de la banlieue est-elle rationnelle ? »

3. Rassembler des preuves

  • Une fois la question clarifiée, il faut la développer à partir de preuves
  • Problèmes fréquents dans la collecte de preuves :
    • addiction à l’accumulation d’informations → on amasse des PDF, des livres et des articles sans jamais vraiment les lire
    • absence de textes fondamentaux → il faut lire les textes de base du domaine pour en comprendre la structure
    • surabondance d’informations → ce n’est pas grave s’il y a trop à lire ; l’essentiel est de tout organiser de manière systématique

4. Élaborer une réponse

  • Toute recherche doit produire un résultat
  • Ce résultat n’a pas besoin d’être révolutionnaire, mais il doit prendre la forme d’une conclusion formulée
  • Formes possibles du résultat :
    • essai, vidéo, publication sur les réseaux sociaux, lettre envoyée à un ami, etc.
  • Le passage de l’exploration à la création distingue la recherche comme loisir
  • Il ne s’agit pas de s’arrêter à la simple consommation d’informations, mais de contribuer à la conversation

5. Former une communauté de savoir

  • L’aboutissement de la recherche ne se situe pas dans la seule réflexion personnelle, mais dans le lien social
  • Différentes formes de communautés de savoir :
    • Substack, YouTube, Discord, Twitter et autres plateformes en ligne
    • clubs de lecture, ateliers d’écriture, groupes de discussion et autres communautés hors ligne
  • Comme avec le Bloomsbury Group, les Inklings, le salon de Gertrude Stein ou le Cercle de Vienne, les idées évoluent et se diffusent par l’interaction
  • C’est à travers ces communautés que les fondements de la civilisation et de la culture se recomposent

Recomposer les schémas de la civilisation

  • Le Manual of Civilisation rappelle que les livres ne sont pas de simples réservoirs d’information, mais des conteneurs de mémoire culturelle et de subjectivité
    • Dans une société moderne fragmentée, le commandement sacré « Lis au nom du Créateur » devient encore plus urgent
  • Kasurian est une invitation à explorer la possibilité de faire de la recherche un loisir
    • Toute personne peut mener une recherche sérieuse, et les barrières pour atteindre une expertise n’ont jamais été aussi basses
    • Le texte encourage chacun à devenir un expert amateur dans le domaine qui l’intéresse
    • Il faut partager les résultats de ses recherches et recueillir des retours via des newsletters, des essais, des groupes de discussion, des forums en ligne, etc.
  • En adoptant une culture de l’expertise formelle et informelle, on peut retrouver le sens de l’émerveillement
    • Cela permet de retrouver une capacité à dépasser les idées reçues du présent et à regagner une lucidité sociale
    • Par la recherche et la conversation, nous pouvons réassembler les schémas de la civilisation et créer une nouvelle culture

1 commentaires

 
GN⁺ 2025-03-20
Commentaires sur Hacker News
  • Je lis énormément et je fais de la recherche comme loisir, mais je ne supporte pas les textes élitistes et peu originaux sur le fait que les habitudes des autres seraient meilleures et plus raffinées

    • Concernant l'idée qu'un chercheur de loisir devrait inclure les textes fondamentaux de la discipline dans son autoformation, cette personne semble obsédée par l'esthétique dark academia et chercher à se sentir supérieure aux autres
    • Je suis profondément d'accord avec les conseils de l'auteur sur la curiosité, mais personnellement je les mets en pratique d'une manière totalement différente
    • J'ai récemment découvert que les LLM sont des outils remarquables pour la « recherche » libre. Par exemple : « résume les trois principales théories sur les raisons de l'existence des banlieues et les personnes qui les ont proposées »
    • Utiliser un LLM comme moteur de recherche sémantique ouvert / outil de recherche est une manière remarquable de cartographier le terrain d'un sujet qu'on veut explorer en profondeur
    • Ensuite, je descends l'escalier des contenus : podcasts, Wikipédia, et enfin les livres
    • L'idée que la civilisation serait en train de finir à cause de nos habitudes de consommation des médias et que « lire les sources primaires » nous sauverait ressemble davantage à un fantasme esthétique qu'à une critique réaliste de la culture actuelle
    • J'ai connu l'époque d'avant Internet, et je suis reconnaissant d'avoir aujourd'hui accès à bien plus d'informations qu'au temps où il n'y avait que les livres
  • La lecture est une compétence essentielle, mais il faut arrêter de la vénérer à l'excès. Dans bien des cas, ce genre d'argument ressemble à de l'élitisme littéraire

    • Ce mois-ci, j'ai passé beaucoup de temps à écouter sur YouTube des cours du Naval War College sur la géopolitique du continent asiatique. J'aurais pu lire, bien sûr, mais j'étais curieux du sujet, engagé, et j'ai « suivi le terrier du lapin »
    • Certains soutiennent qu'il faut participer plus activement à la recherche d'information. Il ne s'agit pas simplement d'accepter ce que l'algorithme propose ; ce qui compte, ce n'est pas la manière d'absorber l'information, mais sa qualité et son intention
  • Quelques années après avoir terminé l'université, j'ai commencé à lire de l'histoire comme loisir, parce que ce que les gens racontaient n'avait pas de sens ou semblait faux

    • J'ai lu des livres bien sourcés et vérifié les références de chaque chapitre. Grâce à la Bibliothèque du Congrès et à Google, vérifier les sources primaires n'a jamais été aussi facile
    • C'était une expérience vraiment incroyable. Bien plus intéressante qu'un roman
    • Maintenant, quand j'étudie la Bible, je procède de la même manière, en cherchant tout ce qui peut être recoupé avec d'autres histoires de l'époque. Je le recommande vivement
    • Ce qui est amusant, c'est que l'histoire était la matière qui m'intéressait le moins à l'école
  • Mon intuition est que la plupart des gens ne réfléchissent pas à ce qui les entoure parce que la société est dans un état de précipitation permanent

    • Si quelqu'un se demande « comment les lois de zonage sont apparues », il n'est pas productif. Les sociétés occidentales semblent évaluer les individus selon ce qu'ils produisent
    • Quand on travaille ou qu'on fait les trajets domicile-travail, on est trop fatigué pour avoir l'énergie de réfléchir en profondeur au monde qui nous entoure
    • Les « premiers chercheurs » étaient les Ioniens, sur des îles marchandes grecques, qui avaient le temps et les ressources de poursuivre les intérêts de leur esprit
    • Bien sûr, ce n'est qu'une partie de l'histoire. L'autre consiste à prendre l'habitude de poser des questions et d'être curieux du monde qui nous entoure. Cela s'acquiert par la pratique
    • Les enfants posent souvent beaucoup de questions « pourquoi », au point que les parents s'agacent et découragent indirectement le questionnement
    • Notre système éducatif réprime lui aussi cet état d'esprit. C'est surtout une chaîne de production de travailleurs
  • Marshall McLuhan pensait que la télévision remplacerait la lecture, mais en réalité cela s'est produit avec YouTube, qui a énormément étendu la disponibilité de la non-fiction en vidéo

    • Il y a l'exemple de la disparition des guides textuels pour les jeux vidéo. Vers 2010, on trouvait de bonnes FAQ et de bonnes soluce
    • Aujourd'hui, pour un jeu de 30 heures, il faut chercher le bon passage dans 30 heures de vidéo. Parfois, quelqu'un dans la vidéo a choisi un autre chemin ou un autre build, si bien qu'on ne comprend pas même en regardant la vidéo
    • Dans des jeux comme Pokemon, les guides étaient déjà problématiques à cause de la grande variabilité des builds, mais c'est bien pire en vidéo quand ce qu'il faudrait surtout, c'est une base de données
  • L'un des inconvénients sous-estimés de la spécialisation de la recherche est qu'elle lui a fait perdre son « plaisir »

    • Les articles de recherche sont rédigés, dans la plupart des domaines, d'une manière très différente de la façon dont les gens se parlent réellement
    • Les chercheurs spécialisés continuent pourtant à communiquer de manière informelle comme des êtres humains normaux, et montrent bien davantage comment leurs idées leur sont venues et ce qu'ils pensent réellement
    • Mais pour quelqu'un d'extérieur, c'est très difficile d'accès
  • Ayant grandi dans la pauvreté en Inde, la recherche n'était pas un loisir mais une course pour rattraper le retard

    • C'est pourquoi je pense que cet article a raison au sujet du changement culturel. La lecture approfondie ressemble à un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre
    • Je vois désormais davantage de gens s'appuyer sur des guides étape par étape plutôt que de creuser par eux-mêmes. Cela correspond à une tendance à la consommation passive
    • Mais la lecture seule ne suffit pas. Elle n'a d'importance que si on peut l'utiliser pour résoudre des problèmes qui nous intéressent vraiment
  • J'ai parcouru trois billets de ce blog, et je pense qu'ils ont largement utilisé des LLM. J'en utilise tous les jours, et ça se lit ainsi

    • Le loisir dont parle l'auteur est peut-être le sien, et aujourd'hui la recherche dont il parle peut être effectuée par des machines
    • Je pense que l'intention est bonne, et si un lecteur en tire des idées, cela reste valable, mais je n'arrive pas à lire le texte parce que je n'y sens pas ce flux de conscience qui aide à faire l'expérience de la vie avec l'auteur
    • Si l'auteur s'était plutôt mis lui-même à faire cette recherche avec un LLM, puis avait écrit directement à ce sujet, cela aurait peut-être été différent
    • Je me demande pourquoi ce genre de billets continue de monter en haut du fil HN. J'ai l'impression que nous ne valons guère mieux que les machines
  • En ce moment, je revisite et je redécris d'anciens tumulus dans ma région ; la dernière étude date de plusieurs décennies et il n'existe pas de description actuelle

    • Je découvre aussi, grâce à des cartes Lidar, des tombes jusque-là non documentées, et je les inventorie. Tout cela se fait comme hobby, en tant que membre de la société locale d'histoire
    • Il faut faire ce qu'on peut
  • Le billet de blog donne une impression un peu précieuse. Il cite excessivement l'auteur et ses livres, mais cela ne sert qu'à renforcer son propre récit

    • Je suis d'accord avec le sentiment général de l'article, mais il se saborde lui-même à cause de ce besoin de réaffirmer sa propre supériorité plutôt que d'informer réellement
    • On aurait pu sauter tout ce qui précède la section « Against empty reading » et transmettre le même message
    • Le message sous cette section a de la valeur, mais il ne traite pas de la façon de le mettre réellement en pratique
    • Il se lamente sur l'environnement informationnel moderne, mais ne dit pas quoi faire
    • Son propos peut se résumer ainsi : « ne soyez pas un consommateur passif d'information ; posez activement des questions, affinez-les, et élaborez des réponses »
    • Comment ? En écrivant pendant ses loisirs, et en lisant ce qu'on écrit soi-même avec le même regard critique que celui qu'on applique aux textes des autres
    • C'est seulement ainsi qu'apparaît la nécessité d'affiner son écriture et sa pensée, ce qui mène à de nouvelles questions, explorations et perspectives
    • Toute forme de recherche est un processus itératif. On trouve de nouvelles informations, on se forge un biais en leur faveur, et on essaie d'expliquer beaucoup de choses avec elles
    • Puis on se rend compte que cela n'explique pas tout, et il faut relire ou chercher davantage
    • Écrire et relire permet de repérer plus facilement quand on reste bloqué sur une seule idée
    • Comme il le dit, la lecture introspective n'est complète que lorsqu'elle est associée à l'écriture (ou du moins à une réflexion profonde qui ressemble à la structure de l'écriture)
    • Cet article m'a rappelé « I don't like honors » de Richard Feynman. Il est tellement obsédé par la manière de faire qu'il en oublie l'être même (ou le fait d'informer)