4 points par GN⁺ 2025-05-31 | Aucun commentaire pour le moment. | Partager sur WhatsApp
  • Elon Musk promet depuis dix ans la conduite entièrement autonome (Full Self Driving, FSD) de Tesla), mais en pratique les résultats restent de façon répétée incomplets
  • Waymo (Google) a déjà déployé un service de taxi entièrement autonome dans plusieurs villes américaines, et dispose d’une avance technologique sur Tesla
  • Musk s’est obstiné à n’utiliser qu’une approche « vision only » basée sur des caméras, sans capteurs clés comme le LiDAR ou le radar, ce qui a accru plusieurs problèmes de sécurité et les risques d’accident
  • Le Robotaxi de Tesla qui doit bientôt apparaître à Austin ne circulera que dans une zone limitée et sera contrôlé à distance si nécessaire : il s’agit fondamentalement d’une autonomie au rabais
  • Le texte soulève aussi le problème d’une concentration excessive du secteur IT moderne et du pouvoir économique américain entre les mains de quelques dirigeants riches, mais dépourvus de vision

1. « Full Self Driving »

  • Depuis des années, Elon Musk promet que les voitures Tesla rouleront de manière totalement autonome, mais il a repoussé à de multiples reprises, sur plus d’une décennie, la date de commercialisation du FSD
    • Exemple : entre 2015 et 2019, Musk a répété qu’une conduite totalement autonome serait possible sous deux ans, avec notamment l’appel d’une voiture depuis un parking ou un trajet Los Angeles–New York sans arrêt
  • En réalité, la promesse du « dans quelques mois » est devenue une blague récurrente, et même les grands médias et les investisseurs ont, à plusieurs reprises, ignoré les échecs répétés de Musk
  • Tesla prévoit désormais de lancer bientôt un service Robotaxi à Austin, mais les détails concrets, le mode d’exploitation et la gestion des situations d’urgence n’ont pas été correctement partagés, y compris avec les autorités locales
  • En pratique, seules 10 à 20 Model Y modifiées devraient être exploitées, ce qui alimente les doutes sur un service pilote plus décoratif que réellement autonome, à la manière du Just Walk Out d’Amazon, plutôt qu’un véritable taxi autonome
  • Pendant ce temps, aux États-Unis, Waymo de Google exploite déjà de façon stable un véritable service de taxis sans conducteur dans plusieurs villes, et il est admis que le FSD de Tesla accuse un retard de « plusieurs années, voire d’une décennie » sur la technologie de Waymo
  • Le développement de la voiture autonome a près d’un siècle d’histoire, et aujourd’hui l’approche dominante est une méthode hybride qui combine la perception (caméras, cartes, LiDAR/radar, etc.). Waymo fusionne divers capteurs et des cartes détaillées pour atteindre un niveau technologique proche du Level 4 (conduite effectivement sans conducteur)
  • À l’inverse, Musk freine les progrès technologiques de Tesla par entêtement personnel et erreurs d’ingénierie

2. The Avengers or The Office?

  • Le LiDAR est une technologie de mesure de distance par laser développée depuis les années 1960, aujourd’hui devenue un élément clé des technologies de sécurité automobile
  • Une grande partie des fonctions de sécurité modernes — alerte de franchissement de ligne, évitement de collision, régulateur adaptatif, freinage d’urgence — repose sur le LiDAR. Son adoption constitue l’une des plus grandes innovations en matière de sécurité automobile depuis l’airbag
  • Pourtant, à partir de 2019, Musk a constamment qualifié le LiDAR de « fardeau inutile » et de « dispositif inefficace », invoquant à la fois son coût et ses convictions personnelles, et a refusé de l’intégrer aux véhicules Tesla
    • Le radar aussi a été retiré des nouveaux modèles à partir de 2021, et les fonctions radar des anciens véhicules ont été désactivées de force par logiciel
  • Résultat : les véhicules Tesla dépendent d’une approche « vision only »la perception de l’environnement de conduite repose uniquement sur les caméras, ce qui a accru les faiblesses de sécurité et les accidents en cas de pluie, de fort ensoleillement ou d’autres conditions météo
  • Cette décision de Musk relève d’un entêtement idéologique, imposé malgré les fortes inquiétudes des ingénieurs et des experts du secteur
  • Derrière cette insistance sur le « vision only » se trouve aussi une logique business selon laquelle l’IA et les données sont l’essentiel. Tesla possédant la plus grande quantité de données vidéo de conduite au monde, l’entreprise y voyait un avantage concurrentiel
  • Mais dans les faits, par rapport à l’approche hybride par fusion de capteurs de Waymo et d’autres acteurs, le résultat est nettement en retrait sur la sécurité, la fiabilité et le niveau technologique
  • Fait intéressant, Tesla investirait récemment en secret dans des technologies liées au LiDAR. On ignore si le LiDAR sera intégré au Robotaxi à venir

3. Remote Control

  • Le décalage entre les promesses de conduite autonome de Musk et le Robotaxi réel est considérable
  • En 2018, il annonçait une conduite entièrement autonome entre New York et Los Angeles ; en 2025, à Austin, seuls 10 à 20 Robotaxis devraient être testés
  • Ces Robotaxis ne circuleront que dans des zones strictement délimitées (geofenced), et ne relèvent donc pas d’une autonomie complète
  • Plus encore, beaucoup de Robotaxis seraient supervisés ou pilotés à l’arrière-plan par un système de téléopération (tele ops), et ne sont donc pas de véritables véhicules sans conducteur capables de « décider par eux-mêmes »
  • Autrement dit, on assisterait à une régression vers le niveau de la voiture télécommandée imaginée à l’Exposition universelle de 1939
  • En résumé, Musk a
    • multiplié pendant plus de dix ans les promesses de conduite entièrement autonome
    • freiné sa propre technologie par des décisions d’ingénierie inefficaces
    • lancé un produit de conduite autonome « vision only » inférieur aux approches hybrides
    • fini par présenter, sous le nom de Robotaxi, une « voiture télécommandée » qui n’a d’autonome que l’apparence
  • Le texte souligne ainsi la nécessité de poser la question de la responsabilité sociale, même lorsque des dirigeants occupant un rôle économique et politique majeur produisent des promesses irréalistes et des résultats bâclés

4. Stupid

  • Selon un récent article de Bloomberg, Satya Nadella (CEO de Microsoft) a déclaré s’appuyer sur des outils d’IA comme Copilot pour la majeure partie de son travail
    • Il n’écoute même plus les podcasts sous forme audio : il charge leurs transcriptions dans Copilot pour obtenir des résumés et poser des questions
    • E-mails, préparation des réunions, recherches diverses : une grande partie du travail opérationnel est déléguée à des agents IA, comme à une « délégation »
  • Cela illustrerait l’entrée dans une ère où les dirigeants de l’IT et de l’économie délèguent concrètement leur travail à l’IA et à l’automatisation à distance, en se concentrant davantage sur l’apparence que sur la valeur réelle de ce qu’ils font
  • Cette tendance fait écho au FSD de Tesla chez Musk, et pointe une surconcentration du pouvoir technologique et économique américain entre les mains d’un très petit nombre d’individus, sans véritable expertise ni responsabilité

Conclusion

  • Les cas du FSD et du Robotaxi de Tesla révèlent à la fois les problèmes de promesses exagérées, réduction irréaliste des coûts, culte absolu de la donnée, réalité de la téléopération, ainsi que les risques d’incompétence et de concentration du pouvoir au cœur de l’économie et de la tech américaines
  • Pour les professionnels de l’IT, des startups et du véhicule autonome, il est nécessaire d’observer sous plusieurs angles les politiques, décisions business et impacts sociaux qui se cachent derrière les progrès technologiques réels

Lisez L’ère des idiots du business. Tout ce qu’il faut savoir sur Musk et le FSD s’y trouve.

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